Dimanche 19 octobre 2008

Libertin, libertinage : quelques définitions

 

PIERRE RICHELET (1680)


LIBERTIN, LIBERTINE

Libertin, libertine, adj. Impie, qui est dans le libertinage, débauché. [Esprit libertin. C'est un homme autant libertin qu'on le saurait être.]

Libertin, libertine. Ce mot se dit en riant & signifie qui hait la contrainte, qui suit sa pente naturelle sans s'écarter de l'honnêteté. [J'ai l'esprit libertin, & je n'aime point à traduire. Je suis née libertine. Il y a de quoi s'étonner qu'un homme aussi libertin que moi se hâte de quitter tout cela. Vol. l. 39.]

 

LIBERTINAGE

Libertinage, s. m. Dérèglement de vie. Désordre. [Il est dans un honteux libertinage.]

+ Libertinage. Ce mot se dit quelque fois en riant. [Tout le monde sçait votre libertinage.]


ANTOINE FURETIÈRE (1690)


LIBERTIN, INE. adj. & sub. Qui ne veut pas s'assujettir aux lois, aux règles de bien vivre, à la discipline d'un Monastère. Un écolier est libertin, quand il fripe ses classes ; quand il ne veut pas obéir à son Maistre. Une fille est libertine, quand elle ne veut pas obéir à sa mère ; une femme à son mary. Les Moines libertins sont ceux qui sortent du Couvent sans permission.

LIBERTIN, se dit aussi à l'égard de la Religion, de ceux qui n'ont pas assez de vénération pour ses mystères, ou d'obéissance à ses commandements. Le Père Garasse a fait un Livre contre les Athées & les libertins, qu'il appelle la Doctrine Curieuse. Dans l'Histoire & dans le Droit Romain on appelle libertin, un esclave affranchi, par relation à son patron.

 

LIBERTINAGE. s. m. Vie ou conduite libertine. Le libertinage des femmes est grand dans ce siècle, pour dire, leur coquetterie. Il ne faut pas écouter les discours qui sentent le libertinage.


ACADÉMIE 1762


LIBERTIN, INE. adj. Qui aime trop sa liberté & l'indépendance, qui se dispense aisément de ses devoirs, qui hait toute sorte de sujétion & de contrainte. Cet écolier ne va guère en classe, il est devenu bien libertin.

On dit d'Une personne qui hait toute sorte de sujétion, de contrainte, qu'Elle est d'une humeur bien libertine. Et d'Une personne qui a une conduite déréglée, qu'Elle mène une vie libertine.

On dit au substantif & dans le même sens, d'Un homme, que C'est un libertin. Et d'une femme, que C'est une libertine.

LIBERTIN, signifie aussi, Qui fait une espèce de profession de ne point s'assujettir aux Loix de la Religion, soit pour la croyance, soit pour la pratique. En ce sens, il ne s'emploie guère qu'au substantif. C'est un libertin, il fait des railleries des choses saintes. C'est un libertin, il mange de la viande en Carême sans besoin. Les libertins & les prétendus esprits forts.

 

LIBERTINAGE. s. m. Débauche & mauvaise conduite. Cette femme vit dans un grand libertinage. C'est un homme qui vit dans un libertinage continuel.

Il signifie aussi L'état d'une personne qui témoigne peu de respect pour les choses de la Religion. Il fait profession de libertinage. Cela sent le libertinage. Il est rare que le libertinage d'esprit n'entraîne pas la corruption des mœurs.

Il s'emploie aussi quelquefois sans aucun rapport à la religion ni aux mœurs ; mais pour signifier une inconstance, une légèreté dans le caractère, qui fait qu'on ne s'assujettit à aucune règle, à aucune méthode. Il y a trop de libertinage dans vos études, vous ne saurez jamais rien à fond.


TRÉVOUX 1743-1752


LIBERTIN, ine, adj. & subst. Qui prend, qui se donne trop de liberté, qui ne veut pas s'assujettir aux lois, aux règles de bien vivre, telles qu'elles sont prescrites à un chacun, suivant l'état où il se trouve. Licentior, justo solutior, equo liberior. Une armée est un assemblage confus de libertins. Fléch. Un écolier est libertin, quand il fripe ses classes, quand il ne veut pas obéir à son maître ; une fille est libertine, quand elle ne veut pas obéir à sa mère. Les Moines libertins sont ceux qui sortent du Couvent sans permission. Il se dit aussi des choses. Une fille se persuade que l'hymen est commode pour mener une vie libertine. Bell.

Libertin, signifie quelquefois une personne qui hait la contrainte, qui suit son inclination, sans pourtant s'écarter des règles de l'honnêteté & de la vertu. Liberior, solutior. Ainsi une femme dira d'elle-même dans un bon sens, & dans une signification délicate, Je suis née libertine ; pour exprimer qu'elle ne saurait se gêner, & qu'elle est ennemie de tout ce qui s'appelle servitude. Bouh. Il y a de quoi s'étonner qu'un homme aussi libertin que moi, se hâte de quitter toutes ces folies. Voit. J'ai l'esprit libertin, & je n'aime point à traduire. Id.

Libertin, se dit proverbialement à l'égard de la Religion, de ceux qui n'ont pas assez de vénération pour ses mystères, ou d'obéissance pour ses décisions. Religionis contemptor. Le Père Garasse a fait un livre contre les Athées & les Libertins, qu'il appelle la Doctrine curieuse. Les libertins toujours incertains à quoi s'en tenir, renoncent, & retournent à la Religion, selon les diverses révolutions qui arrivent dans leur esprit. De Vill.


Ils (les dévots) veulent que chacun soit aveugle comme eux,

C'est être libertin que d'avoir de bons yeux. Mol.

Un libertin d'ailleurs qui sans âme, & sans foi,

Se fait de son plaisir une suprême loi,

Tient que ces vieux propos des Démons & des flammes,

Sont bons pour étonner des enfans & des femmes,

Et qu'enfin tout dévot a le cerveau perclus. Boil.

Libertins, est aussi un nom de secte. Libertini. M. Spanheim en parle souvent dans son abrégé des Religions, & il les place parmi les Anabaptistes. M. Stoupp, dans son petit livre de la Religion des Hollandais, a fait un article séparé touchant cette secte. Quant aux libertins, dit-il, il semble qu'autant qu'il y en a, ils aient chacun leur sentiment particulier. […]

 

LIBERTINAGE, s. m. Débauche, désordre, dérèglement dans les mœurs ; vie ou conduite libertine. Intemperans licentia, impotens libido. Le libertinage des femmes est grand dans ce siècle ; c'est-à-dire, la coquetterie. Bien des gens sous prétexte de défendre leur liberté, ne songent qu'à entretenir leur libertinage. Fléch. Je hais ces festins d'où la bienséance est bannie, & où le libertinage prend la place de la liberté. M. Scud. Je demande quartier plus pour le libertinage de l'esprit, que pour celui des mœurs. Ab. de Villars.

Libertinage, se dit aussi du peu de respect que l'on a pour les mystères de la Religion. Religionis contemptus. Il fait profession de libertinage. Il ne faut pas écouter les discours qui sentent le libertinage.

Mon frère, ce discours sent le libertinage,

Vous en êtes un peu dans votre âme entaché.

 

 

ÉMILE LITTRÉ


LIBERTIN, INE (li-bèr-tin, ti-n'), adj.

1° Qui ne s'assujettit ni aux croyances ni aux pratiques de la religion (vieilli en ce sens). C'est être libertin que d'avoir de bons yeux, MOL. Tart. I, 6. Je le soupçonne encor d'être un peu libertin, Je ne remarque point qu'il hante les églises, ID. ib. II, 2. Pour débrouiller le chaos des consciences libertines, FLÉCH. Panég. II, 418.

Il se dit aussi des opinions, pensées, etc. Pourvu que le magistrat les laisse en repos [les indifférents en religion], ils jouiront tranquillement de la liberté qu'ils se donnent à eux-mêmes de penser tout ce qu'il leur plaît, qui est le charme par où ces esprits sont jetés dans les opinions libertines, BOSSUET 6e avertiss. III, 11. Un roi de Castille, grand mathématicien, mais apparemment peu dévot, disait que, si Dieu l'eût appelé à son conseil quand il fit le monde, il lui eût donné de bons avis ; la pensée est trop libertine ; mais cela même est assez plaisant que ce système fût alors une occasion de péché, parce qu'il était trop confus, FONTEN. Mondes, 1er soir.

S. m. Par le mot de libertin je n'entends ni un huguenot, ni un athée, ni un catholique, ni un hérétique, ni un politique, mais un certain composé de toutes ces qualités, GARASSE, Rech. des rech. p. 681, dans LACURNE, au mot politique. Laissez aux libertins ces sottes conséquences, MOL. Tart. V, 1. Rien, pour l'ordinaire, de plus ignorant en matière de religion que ce qu'on appelle les libertins du siècle, BOURDAL. Jugem. dern. 1er avent, p. 69. Un libertin [met l'honneur] à rompre et jeûnes et carême, BOILEAU Sat. XI. Sainte Geneviève a toujours protégé, dit-on, le royaume ; et, quoi que les libertins puissent penser, on en a vu autrefois des miracles, et le peuple a une grande confiance en elle, MAINTENON, Lett. au card. de Noailles, 14 juillet 1707. Alcibiade : La sottise du peuple met en fureur quand il est question de toutes vos divinités. - Mercure : Voilà un langage de libertin, FÉN. t. XIX, p. 214.

Libertins de Genève, parti qui, au XVIe siècle, réclama la liberté civile contre la domination religieuse. Les bourgeois s'étaient primitivement divisés en Mamelus et en Eidguenots ; les Eidguenots, vainqueurs des Mamelus, étaient divisés en catholiques et en évangéliques ; les évangéliques, vainqueurs des catholiques, se divisèrent en libertins et en calvinistes ; les libertins formèrent dans Genève le parti conservateur des anciennes moeurs et de la liberté civile, MIGNET, Établissement de la réforme à Genève, p. 331, éd. 1843.

2° Désireux d'indépendance. Il y a de quoi s'étonner qu'un homme aussi libertin que moi se hâte de quitter tout cela pour aller trouver un maître, VOIT. Lett. 39.

Vieilli en ce sens.

Terme de fauconnerie. Se dit de l'oiseau de proie qui s'écarte et ne revient pas.

S. m. Membre d'une secte anabaptiste qui croit toute servitude contraire à l'esprit du christianisme.

3° Qui dépasse la mesure. C'était un tempérament que je croyais fort raisonnable entre la rigueur des vingt-quatre heures [pour le théâtre], et cette étendue libertine qui n'avait aucunes bornes, CORN. Examen de la Veuve.

Vieilli en ce sens.

4° Qui va à l'aventure. Vous écrivez si bien, ma chère enfant, quand vous n'avez point de sujets, que je n'aime pas moins ces lettres-là toutes libertines que celles où vous faites réponse, SÉV. 504. Je suis tellement libertine quand j'écris, que le premier tour que je prends règne tout du long de ma lettre, ID. à Bussy, 20 juill. 1679. Quelle triste date [aux Rochers] auprès de la vôtre [à Rome], mon aimable cousin ! elle convient à une solitaire comme moi, et celle de Rome à celui dont l'étoile est errante et libertine, ID. à Coulanges, 8 janv. 1690. C'est aujourd'hui notre style ordinaire, décousu et libertin, vagabond et inégal, sans nombre, sans mesure, sans liaison, sans proportion ni entre les choses ni entre les mots, P. ANDRÉ, Ess. sur le beau, ch. 3. C'est qu'ils s'abandonnent à toutes sortes de pensées, et leur esprit libertin, qui ne veut point se gêner, se laisse gagner à celles qui se présentent, quoiqu'elles l'éloignent de ce qu'il devrait considérer, LAMY, Entret. sur les sciences, Idée de la logique, II.

Il a vieilli en cette signification, et aujourd'hui il ne se dit plus guère qu'avec imagination. Son imagination libertine l'écarte sans cesse de son sujet.

5° Dissipé, qui néglige ses devoirs pour le jeu, en parlant d'un écolier. Cet enfant est fort libertin. Soyez persuadés que c'est à cause que vous êtes si exactes à les veiller [les pensionnaires de Saint-Cyr] qu'elles sont si aisées à conduire, et qu'aussitôt que vous cesserez de les observer, elles deviendront libertines, MAINTENON, Entret. sur l'éduc. juin 1704.

Substantivement. C'est un petit libertin.

6° Déréglé par rapport à la moralité entre les deux sexes. Vous voyez, messieurs, combien la jeunesse est libertine, et le peu d'autorité que les pères ont sur leurs enfants, FURETIÈRE, le Roman bourg. I. On doit considérer que, dans la querelle des Troyens, il ne s'agissait que d'une vieille femme fort libertine qui s'était fait enlever deux fois, au lieu qu'ici il s'agissait de deux filles et d'un oiseau, VOLT. Princ. de Babyl. 4. Je devins polisson, mais non libertin, J. J. ROUSS. Conf. II. Il est plutôt indiscret que confiant, et libertin que voluptueux, RAYNAL, Hist. phil. V, 16. À l'âge où l'on est libertin, Pour boire un toast en un festin, Un jour je soulevai mon verre, A. DE MUSSET, Poés. nouv. Nuit de décembre.

Il se dit aussi des choses. Ton libertin. Et les jours libertins, Quand je voudrai donner des repas clandestins, REGNARD, Ménechm. IV, 2. Les entretiens polissons préparent les moeurs libertines, J. J. ROUSS. Ém. IV.

Substantivement. C'est un libertin, un grand, un franc libertin. C'est une libertine.

REMARQUE

1. Le latin libertinus signifiant : qui a le caractère d'un affranchi, on n'a pas historiquement l'explication des diverses significations françaises. La première fois qu'on trouve ce mot, au XVIe siècle, il a la signification de : indocile aux croyances religieuses. C'est ce fait qui a déterminé le classement des sens.

2. Le sens particulier qu'a pris libertin par rapport aux mœurs a, dans le langage moderne, mis en désuétude les autres sens qui étaient si vivants au XVIIe siècle.

 

TLF


LIBERTIN, -INE, adj. et subst.

A. Adj. et subst.

1. Cour. (Celui, celle) qui a une conduite, des mœurs très libre(s) ; qui s'adonne sans retenue aux plaisirs de la chair. Femme libertine ; vieillard libertin ; un jeune, un fieffé libertin ; un libertin repentant. Ils [les peuples latins] deviennent aisément rhétoriciens, dilettantes, épicuriens, voluptueux, libertins, galants et mondains (TAINE, Philos. art, t. 1, 1865, p. 234). Ce cupidon, la marquise de Trinquetailles, libertine supérieure (...). Elle a eu plus d'hommes qu'une fille (PÉLADAN, Vice supr., 1884, p. 141). Marat avait l'habitude des femmes, il connaissait toutes les ficelles du jeu d'amour, c'était un « vieux libertin », un « séducteur » (VAILLAND, Drôle de jeu, 1945, p. 242). V. avoir ex. 15, accusation ex. 13 et conséquemment ex. 3 :

[…]

2. Vx, souvent péj. Qui refuse les contraintes, les sujétions ; qui manifeste un grand esprit d'indépendance, qui fait preuve de non conformisme. Sainte-Beuve (...) très hardi dans la chasse aux talents inédits, mais trop traditionnel, trop voisin de la grande école de la prose française pour n'être pas choqué des audaces révolutionnaires de ses « jeunes amis libertins ». C'est ainsi qu'il appelait souvent Baudelaire et sans doute les deux Goncourt, prenant le mot dans son vieux sens d'indépendance révoltée et un peu sacrilège (BOURGET, Nouv. Essais psychol., 1885, p. 181).

En partic., vx. [En parlant d'un écolier] ,,Dissipé, qui néglige ses devoirs pour le jeu. Cet enfant est fort libertin (...) C'est un petit libertin`` (LITTRÉ).

FAUCONN. [En parlant d'un oiseau de proie] Qui s'écarte et qui ne revient pas (d'apr. LITTRÉ). Où le navire était hérissé de houlettes, Où le berger suivant les aigles libertins (COCTEAU, Poèmes, 1916, p. 204).

3. Vieilli ou littér. Qui refuse le dogmatisme des croyances établies ou officielles et en particulier celui de la religion et la contrainte de sa pratique. Synon. libre-penseur. Mais voici qu'enfin, par des gradations insensibles, Nane avait glissé à la libre pensée; devenue libertine, et pour tout dire, anticléricale (TOULET, Nane, 1905, p. 208). Ce libertin [Benjamin Constant] n'a jamais été indifférent à Dieu, (...) il ne s'est jamais interrompu de le chercher (MAURIAC, Mém. intér., 1959, p. 90) :

[…]

B. Adjectif

1. Cour. Qui est propre au libertin [au sens A 1]; qui est inspiré, motivé par le dérèglement des mœurs. Un monsieur surprenant un album libertin dans les mains de deux jeunes filles rougissantes (BAUDEL., Salon, 1846, p. 174). L'art coquet, libertin et spirituel du dix-huitième siècle (GAUTIER, Guide Louvre, 1872, p. 184). La conduite la plus sage, avec les pensées les plus libertines (LÉAUTAUD, Journal littér., t. 3, 1920, p. 304) :

[…]

SYNT. Amour, coquetterie, curiosité, humeur, imagination, plaisir, regard, ton, vie libertin(e); mœurs libertines; allusion, commentaire, couplet, conte, illustration, image, propos, roman libertin(e).

2. Vx. Qui manifeste ou dénote le refus des contraintes, l'absence de gêne, du goût pour la fantaisie. Son imagination libertine l'écarte sans cesse de son sujet (LITTRÉ). Notre gaîté libertine et imprudente, notre esprit français, seront-ils écrasés et anéantis par la nécessité de faire la cour à de petits artisans grossiers et fanatiques, comme à Philadelphie ? (STENDHAL, Mém. touriste, t. 1, 1838, p. 21).

VERSIF. Il [Th. Gautier] me fit remarquer que les poëtes (...) se permettaient trop souvent des sonnets libertins c'est-à-dire non orthodoxes et s'affranchissant volontiers de la règle de la quadruple rime (BAUDEL., Art romant., Th. Gautier, 1859, p. 461). Son vers [à Rimbaud], solidement campé, use rarement d'artifices. Peu de césures libertines, moins encore de rejets (VERLAINE, Œuvres compl., t. 4, Poètes maud., 1884, p. 17).

3. Vieilli ou littér. Qui appartient à ou qui concerne les libertins [au sens A 3], les libre-penseurs. Courant, morale, mouvement, tradition libertin(e); les œuvres libertines de Cyrano de Bergerac. J'avais écrit qu'Éveline s'était plu à semer dans l'esprit de sa fille les germes de la libre pensée. À y bien réfléchir il me semble aujourd'hui que c'est l'esprit libertin de Geneviève, si enfant qu'elle fût encore, qui contamina l'âme de sa mère (GIDE, Robert, 1930, p. 1331) :

 

4. ... il [le Theophrastus redivivus] rassemble les thèses de la littérature libertine. Le monde est éternel, et les astres règlent notre destin. L'homme est un animal comme les autres, et qui ne leur est pas supérieur. L'immortalité est une chimère. Le sage aborde la destruction finale sans terreur. Toutes les religions sont des inventions politiques. A. ADAM, Les Libertins au XVIIe s., Paris, Buchet-Chastel, 1964, p. 17.

[…]

 

LIBERTINAGE, subst. masc.

A. [Correspond à libertin A]

1. Cour. Conduite de celui qui a des mœurs très libres, qui s'adonne sans retenue aux plaisirs de la chair. Un libertinage effréné ; camarades de libertinage. Parmi les emportements sensuels de son amour, il y avait tout à la fois des tendresses de jeune fille et du libertinage de courtisane (E. DE GONCOURT, Faustin, 1882, p. 216). Le peintre s'est amusé à cette transposition d'une société élégante et frivole, qui pare encore son libertinage des voiles légers du sentiment (NOLHAC, Boucher, 1907, p. 57). La république de Sade n'a pas la liberté pour principe, mais le libertinage (CAMUS, Homme rév., 1951, p. 57) :

[…]

P. méton. Acte libertin. Il causait avec elle des amants qu'elle avait, sollicitait le récit de ses libertinages, et même il finissait par y trouver plaisir (ROLLAND, J.-Chr., Foire, 1908, p. 708).

2. Vx. Attitude de celui qui refuse les contraintes, les sujétions. (Dict. XIXe et XXe s.).

3. Vieilli ou littér. Attitude de celui qui refuse le dogmatisme des croyances établies ou officielles et en particulier celui de la religion et la contrainte de sa pratique. [Théodore Jouffroy] aimait de la religion justement ce que les athées par libertinage en détestent : sa règle austère et son enseignement vertueux (BOURGET, Essais psychol., 1883, p. 55) :

 

2. Le libertinage n'est pas, comme on l'a trop longtemps soutenu, l'attitude tapageuse et paradoxale de quelques jeunes fous. C'est un vaste mouvement où confluent les tendances les plus diverses, les courants d'idées les plus puissants de l'Europe intellectuelle (...). Le libertin n'admet qu'une faculté de connaître, la raison, organe de la critique individuelle. Il l'oppose fortement à l'autorité et à la tradition.

A. ADAM, Théophile de Viau et la libre pensée fr. en 1620, Paris, Droz, 1935, p. 432.

B. [Correspond à libertin B]

1. Caractère de ce qui appartient au libertin, de ce qui est inspiré par le dérèglement des mœurs. Comme ce libertinage invisible de ma pensée ne pouvait choquer l'austérité de mes mœurs, je m'y livrais sans remords (SAND, Lélia, 1833, p. 202). Dès que la luxure de la Renaissance s'annonça (...) ce fut, avec le libertinage de la statuaire et de la peinture, le grand stupre des basiliques (HUYSMANS, Cathédr., 1898, p. 153).

2. Vx. Caractère de ce qui dénote le refus des contraintes, l'absence de gêne, le goût de l'aventure. Libertinage d'une vie; libertinage d'opinion, de sensibilité. Cet écrivain s'abandonne au libertinage de son imagination. Un libertinage d'esprit qui ne laisse approfondir aucun sujet (LITTRÉ). C'est par tout le dessin, un très heureux et très habile libertinage de crayon (GONCOURT, Ét. art, 1893, p. 133). Ça été lui [Michel-Ange] qui a introduit le libertinage dans l'architecture par une ambition de faire des choses nouvelles et de n'imiter aucun de ceux qui l'ont précédé (LEMONNIER, Art fr. Louis XIV, 1911, p. 127) :

 

3. ... on m'apporte des bouts d'étrennes. (...) ces trompettes d'un sou, ces bonbons à corset de dentelle, (...) ces odeurs de colle, ces parfums de vanille, ce libertinage du nez et cette audace du tympan, ce brin de folie, (...) ah! comme c'est bon, une fois l'an!

VALLÈS, J. Vingtras, Enf., 1879, p. 69.

P. anal. ou au fig. Ici, je laisse à d'autres l'ordre et la mesure. C'est le grand libertinage de la nature et de la mer qui m'accapare tout entier (CAMUS, Noces, 1938, p. 16).

- Publié dans : Lumières et libertinage
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