Partager l'article ! Technique de la dissertation 2 (1ere partie): Le plan ...
COURS ET DETOURS








Une fois l’analyse conduite, aucun des points importants de la citation ne doit être laissé de côté. Vous avez déterminé la thèse formulée ou implicite, et vous avez dégagé les problèmes impliqués par cette thèse. Il va, bien entendu, falloir rechercher la matière dont la disposition fera le corps du devoir, en gardant à l'esprit les différentes questions mises à jour par l'analyse. Il s’agira de convoquer des connaissances. Je traiterai de cet aspect du travail dans une section particulière, ce qui ne correspond pas tellement à la réalité du travail, puisque cela revient à isoler quelque chose qui se fait en grande partie en même temps que le reste. A ce stade du travail, il va de soi que l’on a déjà des idées à propos de ce dont on va parler. Il est même certain que ces idées que l’on a, ces choses que l’on connaît, ont servi également à structurer l’analyse (on a toujours déjà quelque chose en tête). Comme le dit André Leblanc à propos de la « convocation des connaissances » :
Nous avons distingué cette phase pas souci de clarté, mais la plupart du temps elle a lieu d’elle-même. Comme nous l’avons dit, lorsque vous suivez le fil logique de vos hypothèses, générées par l’examen du sujet, vous êtes conduits à faire figurer des exemples ; des références vous viendront naturellement à l’esprit, car, en raisonnant, vous mobilisez spontanément les ressources de votre mémoire[1].
Lorsque vous construirez le plan détaillé, il faudra y placer les exemples que vous convoquerez et dont vous ferez l’analyse. La détermination des exemples est donc un élément important de la composition du plan détaillé. Il faudra alors exploiter les références qui vous sont venues, les préciser, trouver d’autres éléments auxquels vous n’aviez pas pensé d’abord. Pour chacune de vos idées, il faudra chercher un exemple, un argument, une référence que vous connaissez bien (idéalement). Si plusieurs viennent pour une même idée, il faudra sélectionner et choisir ce qui est le plus solide, le plus efficace ou ce que vous maîtrisez le mieux. Gardez cette règle à l’esprit : un exemple pour chaque idée. Comme le dit A. Leblanc, « mieux vaut un coup bien visé qu’une rafale inefficace ».
Cependant, l’intérêt de distinguer nettement le moment de la recherche des exemples réside dans la nature de l’exercice. Ce sont les idées qui forment l’essence de l’exercice (c’est un raisonnement) : les idées d’abord, les exemples ensuite. Il convient alors de présenter les choses de manière à bien comprendre que ce ne sont JAMAIS les éléments de « contenu » qui viennent en premier. Le plus mauvais réflexe pour la dissertation, c’est de se documenter (en situation de dissertation « à la maison ») sur le thème du sujet, ou de faire la liste de tout ce qu’on sait à son propos (en situation de concours), avant d’en avoir fait l’analyse : en prenant les choses par le contenu, on les prend tout simplement à l’envers. Il ne faut chercher les éléments de contenu qu’une fois que l’on sait très exactement ce dont on a besoin. Sinon, comment trier ? Gardez par ailleurs toujours en tête que vous n’avez pas à TOUT dire, que vous ne devez pas étaler vos connaissances, mais que vous devez construire un raisonnement qui sera efficace et juste. Les exemples viennent prendre place dans une construction qui ne dépend pas d’eux. Ils sont soumis à la logique de votre construction. C’est elle qui doit vous servir à faire le tri. Un exemple bien choisi et bien analysé vaut mieux (bien mieux) que dix, même étudiés avec justesse.
On distinguera donc un premier moment de la construction du plan, qui repose sur l’agencement logique du raisonnement, et un second moment où l’on passera de la logique pure qui permet de déterminer les propositions, donc ce qui court le risque de l'erreur, à la confrontation avec des œuvres, des auteurs, des courants, etc., afin de vérifier ou d'infirmer ces propositions. Bref, où nous iront vers le « contenu ». Encore une fois ce découpage est artificiel, puisqu’on ne pense pas ainsi. Cependant il est également salutaire, puisque les références qui sont venues en même temps que le travail conceptuel qui conduit vers la problématique, et qui ont parfois servi à son élaboration, forment un ensemble non structuré de remarques, d’idées et d’exemples, qu’il faut intégrer dans un plan, c’est-à-dire dans un raisonnement suivi.
Et la première qualité de ce raisonnement c’est sa cohérence et son caractère démonstratif. Il faut dont partir de là. On distinguera donc « plan d’ensemble » et « plan détaillé.
Conception d’un plan d’ensemble
qui découle de la problématique
Une fois la problématique construite, on peut envisager l'élaboration du plan de la dissertation. Le plan, c’est la mise en scène de votre réflexion. Inutile de tourner autour du pot. Ici, les règles d'un exercice qui est scolaire s'imposent : une dissertation, ça comporte trois parties. Ça ne veut pas dire qu'on ne puisse pas écrire des choses justes et intéressantes en deux ou quatre parties, bien entendu. Mais là, des attentes lourdes s'imposent, qu'il coûterait de vouloir contourner.
Ceci dit, ces attentes ne répondent pas seulement à un traditionalisme dogmatique et sans fondement. On dit, et on entend souvent, qu'une dissertation c'est une thèse, une antithèse et une synthèse. Bref, que cela repose sur un mouvement dialectique. Ce mouvement mérite mieux que les caricatures qu'on en donne souvent, qui se laissent formuler ainsi : première partie : « oui ! » ; deuxième partie : « non ! » ; troisième partie : « peut-être... » Ou bien encore (lorsque vous lirez des copies, vous trouverez cette formule ces centaines de fois) : l'auteur a raison ; l'auteur a tort ; finalement on peut penser ce qu'on veut.
Le mouvement en trois parties, sans fétichisme de la dialectique, peut répondre à une logique, qui n’a rien d’absurde : dans une première partie on expose et on déploie la thèse formulée ou impliquée par le sujet. On en montre éventuellement la pertinence, la validité relative, la logique propre, la vraisemblance. La deuxième partie en fait un 'examen critique. C'est là que se trouve la discussion à proprement parler. C'est ici que la part de fausseté éventuelle apparaît. La troisième partie rassemble la discussion pour la faire avancer. Elle reformule la thèse pour l'améliorer, compte tenu des limites qui sont apparues. Elle peut également en déplacer les enjeux pour rétablir une pertinence et une fonction qui étaient restées inaperçues avant la critique. Elle peut encore la réaffirmer de manière renforcée, une fois les critiques envisagées. Bref, l'ensemble forme un cheminement et ce cheminement est celui d'une réflexion en mouvement, qui part d'un point et va vers un autre. Les plans en trois parties évitent les oppositions simplistes. Ils appellent d’eux-mêmes une progression.
Dans la version finale, un plan doit être détaillé. Ce qui veut dire qu'il ne consiste pas seulement dans la rédaction de titres vagues pour les trois grandes parties. Il doit TOUT indiquer : les titres des parties, des sous parties et le contenu de chaque paragraphe. Il doit également indiquer clairement quels sont les exemples et comment ils seront utilisés. Vous devez aussi faire apparaître la logique de l'ensemble et indiquer comment les parties s'emboîtent les unes aux autres (comment se font, donc, les transitions). Bref : un plan détaillé doit comporter tous les éléments du futur travail. Une fois qu'il est terminé, vous devez savoir exactement ce que vous allez dire, et ne plus avoir à vous occuper que de la manière dont vous allez le dire.
Avant d’en arriver là, on peut envisager la structure élémentaire du raisonnement. Vous devez pouvoir formuler en une phrase simple le raisonnement qui structure votre travail. Si vous ne parvenez pas à le faire, c’est que vous n’avez pas encore la maîtrise de votre pensée, et il faut continuer à y travailler.
On va donc avoir trois parties, qui vont ensuite se ramifier. J’emprunte les mots d’Axel Preiss :
Ce plan en trois parties va se ramifier ensuite en six, sept, huit ou neuf sous-parties qui permettent de multiplier les centres d’intérêt tout en restant dans le cadre d’une synthèse qui progresse. En effet, il va falloir réunir mais en même temps distinguer en les faisant émerger, les points différents d’une même partie qui sera nette (typographiquement mais aussi conceptuellement) dans son unité et sa répartition interne. Donc trois parties consistantes, sans retours abusifs ou délayage, et dans chaque partie, deux ou trois paragraphes ou sous-parties : ni longues pages indigestes enchaînées à la file et sans aération, ni paragraphes dispersés de trois lignes qui embrouillent les questions à force de les hacher menu[2].
Quelle sera la fonction de chacune de ces parties ? On peut retenir la formule d’A. Preiss, qui parle de la règle des trois D : il s’agit de définir, puis de discuter, avant de dépasser.
Il n’y a bien sûr pas de plan tout fait. Aucune « recette miracle » qui marcherait à tous les coups. Chaque sujet est particulier, et donc le meilleur plan est celui qui correspond le mieux au caractère particulier de chaque sujet. Cependant, on peut envisager un cadre logique, relevant du bon sens, à propose d’une discussion en trois moments.
Définir. Il faut entrer dans l'élaboration du plan, en gardant à l'esprit que la première partie est toujours une explication de la position de l'auteur du jugement, si la sujet implique une citation. Il s’agit alors d’examiner, d’expliciter et de justifier ce jugement (cette « thèse »). Quoi que l'on fasse ensuite il est nécessaire de passer par cette étape : on ne discute ou ne critique avec efficacité que ce qui est bien compris. La première partie est aussi le lieu de la définition des notions clés (on de la notion clé dans le cas d’un sujet simple), qui pourront être présentées dans leur origine et dans leurs diverses acceptions et nuances. La première partie est aussi le moment où l’on peut déployer les présupposés impliqués par la position affirmée ou suggérée. A l’intérieur, on ira des constats les plus évidents vers les remarques les plus profondes. La première partie, c’est l’exposition et l’exploration de la vérité (il y en a toujours une), de la signification, de la pertinence ou de la justification du jugement impliqué par le sujet, de l’exploration des notions essentielles, de la mise au jour et des présupposés.
Discuter.Il s’agit alors d’étudier des limites, voir l’impertinence de la proposition explorée dans la première partie. C’est le cœur de la dissertation. Pour reprendre les termes d’A. Preiss, « la deuxième partie va en effet discuter ces termes du débat qui auront été posés dans la première. Il s’agit alors d’interroger les affirmations du début, de les mettre en cause ou de les critiquer franchement, peut être de les élargir ou de les restreindre […] On peut renverser les termes d’un premier débat, chercher les causes de ce que l’on aura constaté », ou encore discuter les présupposés mis à jours. Bref, nous sommes dans le cadre de ce que l’on appelle souvent l’ « antithèse ». Pour aller à l’essentiel, cela revient à manifester clairement, en s’appuyant sur des raisons solides, la part d’erreur que comporte la « thèse » ou la position initiale. Je rappelle que cette fausseté peut se résider dans le cadre de la contradiction interne ou dans celui de la non-conformité avec l’objet.
Dépasser. Il s’agit alors de proposer une solution qui tienne compte de la vérité relative dégagée dans la première partie et des limites explorées dans la seconde, et qui dépasse les oppositions établies entre les partie 1 et 2 (synthèse). Souvent, il s’agit d’une redéfinition des notions, d’un déplacement des rapports, d’un élargissement ou d’un approfondissement de la perspective. Idéalement, il s’agit de la proposition d’une nouvelle thèse, meilleure de la première. Il peut s’agir aussi de déplacer le jugement pour le situer dans une perspective où il prend une valeur plus satisfaisante.
Conçue ainsi, la dissertation n’est pas un moule creux, mais une obligation de penser.
Bien entendu, il n’y a pas de plan tout fait. Mais il a cependant quelques ficelles qui peuvent s’avérer utiles. Souvent, le problème dans la construction du plan survient lorsqu’il faut envisager la troisième partie. A ce moment, il arrive qu’on ne sache pas très bien comment s’y prendre. Nous aurons l’occasion de voir qu’une piste existe qui permet de se tirer souvent d’affaire. On peut en effet assez régulièrement envisager le dépassement par la forme ou la littérarité elle-même. Mais cela se comprendra mieux par les exemples que nous envisagerons.
ET Les autres formes de plan ?
Inversion de l’ordre des deux premières étapes ?
(discuter, définir)
Dans certains cas, ce dispositif gagne à être aménagé. C’est le cas lorsque la thèse proposée ou suggérée par le sujet possède un caractère nettement paradoxal ou polémique. Dans ce cas, il peut être efficace de commencer par exposer la doxa ou la position qui est ouvertement attaquée et de déployer ensuite la thèse du sujet. Laquelle devra cependant être discutée.
La troisième partie comme réaffirmation
Il peut arriver également que la troisième partie de propose pas un dépassement à proprement parler des positions initiales, mais leur réaffirmation, compte tenu des objections faites. Cette manière de procéder ne doit évidemment pas consister à redire de la même manière ou sur le même plan ce qui a été étudié dans la première partie. Mais elle peut envisager une manière de comprendre la « thèse » du sujet en fonction de nouveaux éléments, sur un autre plan qu n’avait pas d’abord été envisagé. C’est de cette manière que fonctionne l’exemple de plan que je vous proposerai ensuite.
Approche analytique et thématique
Certains ouvrages consacrés à la dissertation envisagent généralement deux autres formes d’organisation : l’approche analytique et l’approche thématique . Voir, par exemple, le livre de F. Adam (p. 83 et suivantes). Voici les définitions qui y sont proposées :
Approche analytique
Tout sujet doit être analysé, mais l’analyse peut également « commander l’ensemble de la progression » :
- décomposition d’un question en sous-questions ;
- élaboration progressive d’une définition en accord avec le jugement proposé ;
- examen de différentes grilles (linguistiques, psychanalytiques, sociologiques) qui éclairent le sens des notions mises en jeux par l’énoncé.
Cette manière de procéder continue de demander une analyse critique, de la notion par exemple, ou de la thèse, à chacune des étapes de la progression.
Ce qui est à éviter à tout prix, c’est de transformer la dissertation en exposé ou en question de cours. Et d’évacuer toute dimension problématique.
Du coup, cela demande une grande finesse dans la construction du plan, et c’est vraiment difficile à mettre en œuvre. En fait, on peut donc l’écarter.
Approche thématique ?
On peut se demander si certains sujets ne se réduisent pas à l’étude d’un thème (par exemple quelque chose comme : « la fonction des objets dans le roman ». Mais en fait, il n’y a pas de sujet qui soit simplement l’étude d’un thème. Si vous en êtes là, c’est pour avoir évacué la problématique, souvent au profit d’une simple description. C’est un défaut très fréquent (il m’arrive vraiment souvent d’écrire en marge « trop descriptif »). Énumérer, Classer, décrire, cela montre peut-être une bonne connaissance des objets dont il est question, mais c’est oublier que tout énoncé doit être converti en sujet de réflexion et commander une argumentation. C’est dans ce cas de figure que l’on arrive à faire une très mauvaise dissertation sur un thème que l’on connaît bien.
Il n’y a donc pas d’approche strictement thématique qui tienne.
Cependant, si on peut écarter cette manière de procéder en droit, il arrive parfois que l’on se trouve dans une impasse. On ne parvient pas à construire une problématique, ou bien à envisager une troisième partie satisfaisante. On se trouve alors dans la situation désagréable, mais où il faut tout de même garder son sang froid, d’avoir à gérer la pénurie. Comme on dit, on sauve les meubles. Dans ce cas, le but c’est de limiter des dégâts, d’avoir la moins mauvaise note possible. Même dans ce cas de figure, le jour du concours, il ne faut pas se décourager. En passant en mode survie, on peut glaner quelques points qui permettront de rester dans la course. Dans ce cas, une partie fondée sur une approche thématique peut être un recours.
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