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COURS ET DETOURS








L’INTRODUCTION ET LA CONCLUSION
Vous avez fait l’analyse du sujet, ce qui vous a permis de construire le problème ou les problèmes qu’il implique, vous avez donc pu formuler une problématique claire et bâtir un plan, d’abord général, puis détaillé. Vous voici alors en mesure d’envisager l’étape suivante : la rédaction (au brouillon) de l’introduction et de la conclusion.
Rédiger au brouillon l’introduction et la conclusion
Pour un concours ou un examen, vous travaillez en temps limité. La gestion du temps est donc un élément important. Les conditions de l’épreuve vous interdisent de tout rédiger au brouillon une première fois puis de recopier l’ensemble du devoir en améliorant éventuellement votre écriture et votre style. Il faut apprendre à rédiger directement de manière efficace et précise votre développement, en suivant le plan détaillé que vous avez élaboré. L’intérêt d’avoir un plan très précis, c’est de pouvoir vous concentrer totalement, dans le moment de la rédaction, sur la manière de formuler ce que vous savez déjà vouloir dire. Mais nous y reviendrons.
Deux éléments du devoir cependant doivent échapper à cette règle, parce que vous devez leur prêter une attention particulière : l’introduction et la conclusion. Ce sont deux moments déterminants. En premier lieu pour des raisons qui tiennent à la nature de l’exercice : disserter, vous l’avez compris, c’est raisonner. L’introduction est le moment clé de la construction du raisonnement, c’est là que vous exposez le problème qui retient votre attention et que vous indiquez quelles seront les grandes étapes, le cheminement général, de votre raisonnement. La conclusion est votre point d’arrivée, là où vous bouclez votre réflexion. Ce sont donc des moments intellectuellement déterminants, qui doivent se répondre. Le corps du devoir conduit de l’un à l’autre, de manière logique et progressive.
Ce sont deux étapes importantes aussi pour des raisons qui tiennent au fait que vous écrivez pour être lus. L’introduction est le premier contact que le correcteur prend avec votre réflexion, elle doit donc être efficace, précise et, si possible, élégante. La lecture d’une introduction donne une idée précise de la qualité de la copie. La conclusion est la dernière image que l’on garde de votre dissertation. Même si elle ne permet pas de rattraper une mauvaise étude, elle ne doit pas être bâclée. Dans les conditions d’un exercice en temps limité, vous arrivez alors à la fin du délai et il est utile de n’avoir plus qu’à recopier ce qui a été rédigé lorsque vous aviez l’esprit clair. Rédiger la conclusion avant le corps du devoir vous oblige aussi à savoir exactement où vous allez et vous permet de ne pas vous égarer en chemin.
Il arrive parfois, malheureusement, que dans une dissertation dont le développement est entièrement privé de problématique, celle-ci se trouve énoncée dans la dernière phrase de la conclusion. Évitez de finir par le commencement…
L'introduction
C’est donc un moment important, dont il ne faut pas se « débarrasser ».
Je recopie ici quelques lignes du livre d’André Leblanc, qui dit autrement la même chose :
L’introduction est la partie qui doit faire l’objet du plus grand travail de composition. Autant il est inutile de rechercher des effets de style dans le reste du devoir, autant il est important de soigner la rédaction. À cela trois raisons : l’introduction est le premier contact que le correcteur prend avec votre copie. Si vous démarrez puissamment, il aura tendance à rester sur cette bonne impression. De plus le correcteur n’a pas toujours le temps de lire deux fois la copie en entier : il lit le devoir, et une fois qu’il a terminé, généralement il relit l’introduction. C’est donc la partie la plus rentabilisée. Enfin, pour ces raisons, votre introduction vous donne l’occasion de vous distinguer des autres copies. Qu’il s’agisse d’un exercice en classe, d’un examen ou d’un concours, n’oubliez pas que vous serez évalué au sein d’un groupe : votre correcteur devra lire des dizaines, voire des centaines, de copies à la suite. Il y a un effet de masse inévitable. Il faut en tirer parti. Si vous vous signalez dès l’introduction, vous bénéficierez pour le reste du devoir d’une attention et d’une bienveillance accrues (p. 30)
Quelques remarques :
Une bonne introduction, c’est avant tout l’exposition efficace d’une bonne problématique et d’un bon plan. Une belle écriture, une rhétorique efficace ne remplaceront jamais cela. Cependant, une belle introduction vous gagnera l’intérêt du correcteur. Il arrive cependant qu’un devoir ne tienne pas les promesses de son introduction. Le correcteur est alors un peu déçu. Mais au moins il a lu que vous auriez pu mieux faire, et il est bien possible qu’il en tiendra compte.
De façon plus générale : construisez-vous une sorte de personnage de votre lecteur, afin de vous guider. Ce personnage est une fiction, mais l’exercice est lui aussi en partie factice. Imaginez que vous vous adressez à un lecteur :
· qui ne connaît pas le sujet (il doit donc le comprendre, et comprendre votre démarche) ;
· qui n’est pas familier des problèmes relatifs à ce sujet (mais il est capable de les comprendre si on les lui expose clairement) ;
· qui n’est pas forcément génial ou qui est peut-être inattentif ou fatigué (attention cependant à ne pas le tenir pour un parait crétin).
Bref, le lecteur est quelqu’un à qui vous devez TOUT expliquer, avec précision et clarté. Il est donc impératif d’éviter tout effet de flou. S’il y a des ombres à dissiper, le correcteur ne fabriquera pas à votre place le trésor qu’elles font semblant de dissimuler. Il ne faut pas non plus parier sur l’ambiguïté. Si le correcteur doit choisir entre deux significations, il ne vous créditera pas de celle qui convient le mieux, mais de l’autre. Il ne faut pas compter non plus sur l’allusion ou la connivence, sur des choses du genre : « Vous voyez bien de quoi je parle ». Le correcteur s’en tiendra à ce que vous dites, et strictement à cela. Ce que vous ne dites pas n’existe pas pour lui. Ne vous dites pas, donc : « Il le sait, inutile de le lui expliquer ». Faites attention aussi à assumer vos propos. Pas de choses inutilement humbles comme « On pourrait éventuellement dire que … ». Ce qu’on peut dire, dites-le.
Le personnage du lecteur, mais est-ce utile de le dire, est aussi un type sérieux, peu enclin à la plaisanterie. Ne soyez pas familier avec lui. Cela a une conséquence : une dissertation n’est pas du tout l’endroit de l’ironie ou du second degré. De manière pratique, cela engendre le bannissement des points de suspension qui veulent dire « je le dis, mais pas vraiment », ou bien « On pourrait dire des choses que je laisse entendre, devinez-moi ».
Pour résumer ces premier conseils de rédaction, pensez au fait que vous écrivez pour quelqu’un, et que ce lecteur ne doit rien avoir à deviner ou à interpréter. L’écriture de la dissertation ne relève pas de l’écriture littéraire, mais de l’écriture « scientifique ». Ses qualités, ce sont la précision et la clarté. Ce n’est pas une « machine à fabriquer des interprétations » comme peut l’être une œuvre « littéraire ». Cela n’exclut pas nécessairement la grâce, la beauté ou l’élégance. Si vous êtes capables de cela, l’introduction est un bon endroit pour le montrer. À condition de ne jamais nuire à la clarté, qui reste la qualité première. Ce qui fait que si vous n’avez pas une « belle plume », ce n’est pas grave.
L’introduction obéit par ailleurs à des règles de composition strictes. Les ignorer, par négligence ou par goût de la liberté, vous nuit gravement. Elle doit comporter OBLIGATOIREMENT (sous peine de vous interdire la moyenne) ces quatre ou cinq éléments :
* Un préambule (ou une ouverture, ou une accroche, ou comme il vous plaira de l’appeler),
* La présentation du sujet,
* Les éléments clés de son analyse (on peut faire l’analyse en même temps que l’on présente la citation, d’où la variation du nombre des parties),
* L’exposé sans défaillance du problème,
* L’annonce du plan.
Le tout dans cet ordre.
NB. Vous trouverez plutôt, dans les ouvrages sur la dissertation, des proposition de structure en quatre parties, qui ne proposent pas vraiment d’analyse du sujet ou bien qui fusionnent analyse et problématique. À titre personnel, et aussi en fonction de l’idée que je me fais de la dissertation, le premier cas est fautif : ce n’est pas du tout la meilleure manière de procéder. Le second cas (par exemple chez F. Adam) ne l’est pas. Mais analyser et formuler la problématique sont deux choses différentes que l’on gagne à distinguer.
Le préambule
Ce sont les premières lignes de l’introduction. Il s’agit d’accueillir le lecteur par quelques phrases, encore générales (mais pas trop) qui permettent de situer le cadre du sujet. Il s’agit aussi d’amener le lecteur au sujet, de le conduire à lui sans rupture, et peut-être de commencer à comprendre (à expliquer) en quoi le problème se pose.
On peut envisager deux grands types de composition pour arriver à cela : partir du général ou d'un fait particulier. Dans le premier cas, le préambule a un degré de généralité plus grand que la citation. Cependant, veillez à ne pas partir de trop loin. Le préambule ne doit pas proposer des phrases pour rien, inutiles à force de banalité ou de généralité. Évitez donc les choses comme, à propos d’un sujet sur le personnage de roman : « De tous temps l’homme s’est plu à raconter des histoires … ».
C’est l’endroit où il faut bannir les clichés. Le travail du préambule consiste justement à faire place nette au problème, pas à encombrer la pensée de choses toutes faites.
Commencez tout de suite de manière dynamique en amorçant la réflexion, en posant les bornes du sujet, en définissant les termes difficiles.
Si vous partez d’un point particulier, vous êtes en deçà de la généralité du sujet (évoquer par exemple un roman en particulier à l’ouverture d’une dissertation portant sur le genre du roman). Il s’agit alors de s’en servir pour regagner au plus vite le niveau du sujet.
Dans tous les cas, le préambule doit conduire au sujet sans rupture, et de manière logique. Par ailleurs, il ne doit pas être long. Deux ou trois phrases suffisent : ne faites pas la dissertation dans l’introduction.
Attention à un interdit : on ne commence pas une dissertation par une citation qui n’est pas la citation à commenter, ni par aucune sorte de citation d’ailleurs.
Exemples de faux départs :
J’emprunte le sujet à l’ouvrage de F. Adam :
« Le roman est l’épopée d’un monde sans dieux ». Cette célèbre formule de Lukacs (La Théorie du roman, 1920) rend-elle compte, selon vous, de la spécificité du genre romanesque ?
Pas de départ, pas de préambule :
La formule de Lukacs, selon laquelle « le roman est un monde sans dieux », etc.
Ou bien :
« Le roman est un monde sans dieux». Cette formule de Lukacs, etc.
Le départ cliché :
« Les hommes ont toujours aimé les fictions romanesques. Ils ont aussi toujours eu des religions. Roman et religion ne font pas bon ménage. Ainsi, Lukacs dit, etc.
Le départ de trop loin, qui ne même pas sans trou à la formulation du sujet :
« Le roman est un genre à la fois toujours déjà-là et privé de vraie définition générique. Ainsi Lukacs écrit, etc. »
Le départ vague :
Roman et religion entretiennent certains rapports, ainsi …
L’autre citation :
Paul Ricœur écrit : « C’est de la distance épique qu’est né le roman », Goerg Lukacs, dans cette même veine, précise : etc.
Bref, on peut multiplier les erreurs. On peut au contraire, partir du général mais en impliquant le sujet :
Le roman, genre tardif, peut-il avoir pour origine les récits épiques qui forment les plus anciens témoignages de notre littérature ? C’est ce que pense G. Lukacs, qui écrit dans Théorie du roman : « etc.
Ici, on est à un degré de généralité plus grand : le roman vient de l’épique, mais on ne dit rien de la dérivation : un monde sans dieux.
Ou bien partir du singulier, mais en impliquant aussi le problème :
Si le Don Quichotte fonde le roman moderne, il en fait la représentation d’un monde désenchanté, dont la Providence ou le destin se sont retirés. Cet aspect est-il définitoire, comme le pense G. Lukacs, pour qui « etc. « ?
La présentation du sujet.
Trois cas de figure se présentent :
Le plus rare, celui du sujet simple ou double, du sujet question ou du sujet définition (« le lecteur », « lecteur et roman », « le lecteur de roman », « qu’est-ce qu’un lecteur de roman ? », « Y a-t-il un lecteur de roman ? »). Bref, celui des sujets où il n’y a pas de citation. Dans ce cas, on entre directement dans la construction de la problématique.
Celui de la citation courte. Dans ce cas, elle peut faire l’objet d’une reprise littérale (« Ainsi, Monsieur machin dit : « bla bla bla »). Vous pouvez aussi la reprendre in extenso, mais en même temps que vous en proposez l’analyse, et donc partie par partie (« Machin dit d’abord, ce qui veut dire, et donc …, puis il ajoute, cela … et enfin il termine en disant, etc. »)
Celui de la citation longue. Dans ce cas, il ne faut pas tout reprendre, et surtout pas tout reprendre d’un bloc. Il faut proposer une synthèse du sujet, fondée sur votre analyse, qui en dégage les aspects essentiels, et donc ceux que vous discuterez en en reprenant les termes et les formulations clés. Comme pour la citation courte, vous pouvez conduire l’analyse en même temps.
L’analyse du sujet et la formulation de la thèse
Si vous ne l’avez pas faite en même temps que vous présentiez le sujet, il faut prendre le temps de le faire de manière séparée. Il ne s’agit pas, bien entendu, de refaire tout le travail accompli au brouillon. Il faut cependant montrer ce y qui est dit, et donc arriver à formuler clairement la thèse envisagée par la citation, en indiquant pourquoi la citation qui constitue le sujet repose sur cette proposition synthétique par laquelle vous en formulez la thèse.
L'exposé de la problématique
Vous devez formuler en quelques phrases le(s) problème(s) sur le(s)quel(s) va porter votre réflexion. Ce problème doit découler directement de l’analyse du sujet et de sa thèse, puisqu’un problème consiste à montrer en quoi une proposition court le risque d’être fausse. Vous devez donc montrer en quoi le problème se pose réellement, en quoi il recouvre en effet un enjeu important.
On peut formuler la problématique sous une forme interrogative, à condition que cela soit une vraie question, pas une construction factice. Mais cela n’a rien de nécessaire. Au contraire : comme la problématique est la formulation d’un problème, elle invite plutôt à une formulation assertive, qui oblige par ailleurs souvent à préciser mieux les choses. Je me permets donc de vous conseiller de renoncer aux tournures interrogatives, souvent peu efficaces. Je sais cependant que cela perturbe certains d’entre vous. Si c’est le cas, continuez à formuler les choses sous forme de question. Mais tout de même : pas de liste de questions (genre : faites vous-même le tri) ; pas de question trop vagues. La question doit porter exactement sur le point précis qui fait problème.
L’annonce du plan
C’est la dernière étape de l’introduction. Il s’agit d’indiquer en quelques phrases au lecteur quelles sont les grandes parties de votre développement, c’est-à-dire quelles sont les étapes, les moments, de votre raisonnement. Il ne faut pas entrer dans le détail des sous-parties, qui seront présentées dans le corps du devoir. On peut essayer de faire en sorte que cette présentation ne doit pas être trop lourde. On entend souvent recommander d’éviter les choses trop scolaires ou simplistes comme : « Dans une première partie, nous verrons … ensuite … enfin ». Si on l’entend souvent, c’est qu’il y a des correcteurs qui sont sensible à cette élégance qui consiste à annoncer le plan sans avoir l’air de le faire. Il est en effet possible de formuler en une phrase ou deux la logique de votre dissertation, d’en résumer le raisonnement et de faire ainsi apparaître le propos de chacune des trois parties et la manière dont elles s’articulent. Cependant il faut être avant tout clair et efficace. Le correcteur doit savoir nettement comment se structure votre devoir, quelles seront ses grandes étapes et qu’il puisse ensuite facilement se repérer dans un travail qui comporte plusieurs pages (souvent une dizaine ou plus).
À retenir : l’essentiel, c’est la clarté ; une introduction, ce n’est pas la dissertation en raccourci. Ce n’est donc pas trop long (elle ne devrait pas excéder une page). Allez, rapidement et efficacement à l’essentiel, sans détours inutiles. Toutes les phrases doivent être efficaces. L’introduction ne doit pas non plus être trop courte, en ne remplissant pas ses fonctions. D’où l’intérêt de prendre le temps de vraiment la composer au brouillon et ensuite de la recopier une fois que l’on est parvenu à quelque chose de satisfaisant.
Un dernier point : deux écoles s’opposent quant à la présentation formelle de l’introduction : un seul paragraphe ou plusieurs ? Je vous recommande de rédiger l’ensemble en un seul paragraphe (sans alinéa ni saut de ligne), cela vous obligera à être précis et concis. Vous pouvez cependant faire autrement, à condition de respecter les règles que je viens d’exposer, en quoi consiste l’essentiel.
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