procédés d'écriture : tropes et figures
Les procédés d’écriture :
Tropes et Figures
Figures de répétition
CRITERE POSITIONNEL
ANAPHORE (n.f) : répétition d'un mot ou d’une expression en début de proposition syntaxique.
Comme une barque qui ne tient plus qu’à sa corde, et qui danse furieusement, et qui tape, et qui saque, et qui fonce, et qui encense, et qui culbute, le nez à son piquet, ... (Claudel, Cinq grandes odes)
EPIPHORE (n.f): répétition d'un mot en fin de proposition syntaxique.
L’enfant voyait la bouche qui était un trou, le nez qui était un trou, et les yeux qui étaient des trous. (Hugo, L’homme qui rit)
EPIZEUXE (n.f)/REDUPLICATION (n.f): répétition immédiate d'un mot.
Oh! l'automne l'automne a fait mourir l'été (Apollinaire, Alcools)
EPANALEPSE (n.f): répétition immédiate d'un énoncé.
Quel pauvre homme ! Quel pauvre homme ! disait-elle tout bas, en se mordant les lèvres.(Flaubert, Madame Bovary)
ANADIPLOSE (n.f): répétition d'un mot en fin de proposition et au début du proposition suivante.
Mais et les princes et les peuples gémissaient en vain ; en vain Monsieur, en vain le roi même tenait Madame serrée par de si étroits embrassements…. (Bossuet, Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre)
EPANADIPLOSE (n.f): répétition d'un mot en début et en fin de proposition.
Qu'un frère pour régner se baigne au sang d'un frère (Corneille, Suréna)
CRITERE SYNTAXIQUE
PARALLELISME (n.m): reprise symétrique d'une même structure syntaxique.
Mon âme a plus de feu que vous n'avez de cendre!
Mon coeur a plus d'amour que vous n'avez d'oubli! (Hugo, Les Chants du Crépuscule)
CHIASME (n.m): reprise inversée d'une même structure.
Je vois mes honneurs croître et tomber mon crédit (Racine, Britannicus)
CRITERE MORPHOLOGIQUE
DERIVATION (n.f): répétition de mots qui ont une même base lexicale.
(...) sans avoir usé de rien on est désabusé de tout. (Chateaubriand, Génie du Christianisme)
POLYPTOTE (n.m): répétition d'un mot avec variation morphologique ou fonctionnelle.
Après tant de hauts faits, il m’est bien doux, seigneur, […]De voir, sous les lauriers qui vous couvrent la tête, Un si grand conquérant être encore ma conquête, […] (Corneille, Nicomède)
CRITERE PHONIQUE
PARONOMASE (n.f): répétition par homophonie incomplète.
1) Un seul phonème différent (METAGRAMME (n.m)):
... tel se conduit bien qui ne conduit pas bien les autres et fait des essais qui ne sauraient faire des effets (Montaigne, Essais)
2) Plusieurs phonèmes différents
Mon cœur jette aux échos l'éclat des noms divins (Valéry, Charmes)
Un lièvre en son gîte songeait (La Fontaine, Fables)
HOMEOTELEUTE (n.m): répétition d'un phonème en fin de mots (rime de la prose).
Le parler que j'aime, c'est un parler simple et naïf...non pédantesque, non fratesque, non plaideresque, mais plutôt soldatesque. (Montaigne, Essais)
CRITERE SEMANTIQUE
SYLLEPSE (de sens) (n.f) / DIAPHORE (n.f): répétition d'un même signifiant avec deux signifiés différents (sens premier et sens dérivé, figuré ou métaphorique).
1) Deux occurrences lexicales:
La vraie éloquence se moque de l’éloquence (Pascal, Pensées)
La raison veut que le poète préfère la rime à la raison (Valéry, Tel Quel)
2) Une seule occurrence lexicale:
Brûlé de plus de feux (simultanément au sens propre "incendie" et au sens métaphorique "feux de l'amour") que je n'en allumai.(Racine, Andromaque)
METABOLE (n.f) / SYNONYMIE: répétition d'un même sens (avec effet de gradation le plus souvent)
Pour consacrer à Dieu ses mains en innocence ;
Il faut à ses yeux clairs estre net, pur et blanc,… D’Aubigné, Les Tragiques)
ANTIMETABOLE (n.f)
: Répétition de mots en chiasme.
CELIO. – Que tu es heureux d’être fou !
OCTAVE. – Que tu es fou de ne pas être heureux ! (Musset, Les Caprices de Marianne)
EXPOLITION (n.f)/ PARASTASE (n.f) répétition d'une même pensée sous différentes formes.
Il en peut être aucun de ma complexion, qui m'instruis mieux par contrariété que par exemple, et par fuite que par suite (...) L'horreur de la cruauté me rejette plus avant en la clémence qu'aucun patron de clémence ne me saurait attirer. Un bon écuyer ne redresse pas tant mon assiette, comme fait un procureur ou un Vénitien à cheval; et une mauvaise façon de langage réforme mieux la mienne que ne fait la bonne.(Montaigne, Essais)
PLEONASME (n.m): répétition expressive d'une même idée.
Les gestes rendaient les images sensibles ; tout était appelé par son nom, avec le cynisme des chiens, dans une pompe obscène et impie de jurements et de blasphèmes. (Chateaubriand, Mémoires d’outre- tombe)
EPITHETISME (n.m)/ (EPITHETE DE NATURE): caractérisation redondante à valeur expressive..
La mer, la vaste mer console nos labeurs (Baudelaire, Les Fleurs du Mal)
Images
FIGURES D'ANALOGIE
COMPARAISON (n.f): rapprochement, au moyen d'un outil de comparaison, de deux mots, le comparé et le comparant, qui met en évidence un point commun entre eux.
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle (Baudelaire, Les Fleurs du Mal)
METAPHORE (n.f): comparaison sans outil de comparaison.
La bête souple du feu a bondi d'entre les bruyères...(Giono, Colline)
PERSONNIFICATION (n.f): métaphore qui compare un inanimé ou une abstraction à une personne.
Je vis les arbres s'éloigner en agitant leurs bras désespérés (Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleur)
ALLEGORIE (n.f): représentation concrète et imagée d'une idée.
...Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant; (Baudelaire, Les Fleurs du Mal)
FIGURES DE CONTIGUÏTE
METONYMIE (n.f): désignation d'une réalité au moyen d'une autre réalité liée à la première par une relation du type "contenant de", "contenu de", "cause de", "conséquence de", "origine de", "symbole de" etc
On voyait des clairons à leur poste gelés (Hugo, Les Châtiments )
SYNECDOQUE (n.f): désignation d'une réalité au moyen d'une autre réalité liée à la première par une relation d'inclusion.
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur (Hugo, Les Contemplations)
ANTONOMASE (n.f): synecdoque d'individu qui consiste à employer un nom propre pour un nom commun, ou l'inverse.
...nous en donnerons sur dos et ventre à tous ces petits Catons, comme vous,...(Diderot, Le Neveu de Rameau)
PERIPHRASE (n.f)/ PRONOMINATION (n.f): désignation d’un être ou d'une réalité au moyen d'un syntagme descriptif.
Connaissez-vous les miens ? dit l'Oiseau de Minerve. (La Fontaine, Fables)
Figures d'opposition
ANTITHESE (n.f): opposition notionnelle.
Hier la grande armée, et maintenant troupeau (Hugo, Les Châtiments)
OXYMORE (n.m): télescopage de notions totalement incompatibles.
Ephémère immortel, si clair devant mes yeux, (Valéry, Charmes)
ALLIANCE DE MOTS : dissonance sémantique de deux mots qui ne sont pas absolument contraires.
Il est amer et doux, pendant les nuits d’hiver, (Baudelaire, Les Fleurs du Mal)
PARADOXISME (n.m): antithèse à valeur persuasive.
Je t’implore aujourd’hui. Venge un malheureux père.
J’abandonne ce traître à toute ta colère ;
Etouffe dans son sang ses désirs effrontés :
Thésée à tes fureurs connaîtra tes bontés. (Racine, Phèdre)
Figures de description
DESCRIPTIF (n.m) : description d'un lieu (TOPOGRAPHIE) ou description d'un fait temporel (CHRONOGRAPHIE)
ex: paysage, jardin, pièce etc
ex: saison, crépuscule, aurore,etc
PORTRAIT (n.m): description physique d'un individu (PROSOPOGRAPHIE) et/ou description morale et psychologique d'un individu (ETHOPEE).
Le vieux soldat était sec et maigre. Son front...etc... (Balzac, Le Colonel Chabert)
Cet esprit rétif, capricieux, indépendant, l'inexplicable sauvagerie de cette fille etc... (Balzac, La Cousine Bette)
HYPOTYPOSE (n.f)/ TABLEAU : description si expressive qu’elle permet au lecteur de se représenter
visuellement la scène. Voir plus bas l’exemple de la tirade de Joad dans Athalie à l’article « Prétérition »dans
« Figures de pensée »
Figures de syntaxe
FIGURES D'ECARTS SYNTAXIQUES
ELLIPSE (n.f): suppression d'un mot (présent ou non dans le contexte) qui demeure sous-entendu dans l'interprétation.
L'air était plein d'encens et les prés de verdures (Hugo, Les Rayons et les Ombres)
ABRUPTION (n.f): suppression des verbes de dialogue
.
Qu'est-ce là ? lui dit-il - Rien - Quoi? rien? - Peu de chose.(La Fontaine, Fables)
ZEUGME SEMANTIQUE (n.m)/ ATTELAGE: coordination expressive du concret et de l'abstrait, du propre et du figuré.
Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent (Verlaine, Poèmes Saturniens)
ZEUGME SYNTAXIQUE : coordination de réalités syntaxiques différentes
Vous voulez que ce Dieu vous comble de bienfaits
Et ne l'aimer jamais... (Racine, Athalie)
HYPERBATE :(n.f) : Mise en relief expressive d'un groupe syntaxique rejeté par coordination hors de la structure syntaxique dont il dépend.
...car les plus fermes imaginations que j'ai, et générales, sont celles qui, par manière de dire, naquirent avec moi.
(Montaigne, Essais)
INVERSION (n.f)/ TRANSPOSITION : renversement de l’ordre grammatical usuel.
Maître Renard, par l’odeur alléché, (La Fontaine, Fables)
HYPALLAGE (n.f): procédé qui consiste à caractériser un mot au moyen d'un adjectif qui s’applique plus naturellement à un autre mot de la proposition. Ici, « vaste » s’applique plus naturellement au mot « mer ».
Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers, (Baudelaire, Les Fleurs du Mal)
ENALLAGE (n.f): substitution des morphèmes de personne, de temps, de mode, de genre, de nombre.
- énallage modal (infinitif de narration): Et flatteurs d'applaudir (La Fontaine, Fables)
- énallage temporel (présent de narration):
Un agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure.
Un loup survient à jeun.... (La Fontaine, Fables)
- énallage personnel (un personnage se désigne à la 3èmepersonne) ::
BURRHUS : Burrhus pour le mensonge eut toujours trop d'horreur... (Racine, Britannicus)
ABSTRACTION (n.f): remplacement d'un adjectif (concret) par un substantif (abstrait).
C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit (Racine, Athalie)
FIGURES D'ENCHAINEMENTS SYNTAXIQUES
ASYNDETE (n.f) : omission délibérée de toute coordination et de toute liaison logique (conjonction ou adverbes) entre des groupes syntaxiques, des énoncés ou des phrases.
Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu'il n'y en eut jamais en enfer. (Voltaire, Candide)
ACCUMULATION (n.f): très longue juxtaposition asyndétique.
Les vents courent, volent, s'abattent, finissent, recommencent, planent, sifflent, mugissent, rient (...) (Hugo, Les Travailleurs de la Mer)
GRADATION (n.f): juxtaposition de mots d'une intensité sémantique croissante ou décroissante (à effet hyperbolique le plus souvent).
Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre (La Fontaine, Fables)
POLYSYNDETE (n.f): multiplication expressive de coordonnants syntaxiquement inutiles.
On loue la vertu; mais on la hait; mais on la fuit; mais elle gèle de froid. (Diderot, Le Neveu de Rameau)
PARATAXE (n.f) : omission délibérée de la subordination logique.
Vous n'êtes point gentilhomme, vous n'aurez pas ma fille.
(Molière, Le Bourgeois Gentilhomme,)
HYPOTAXE (n.f): explicitation de la subordination logique (c'est le contraire de la parataxe).
La grandeur de l’homme est si visible qu’elle se tire même de sa misère. Car ce qui est nature aux animaux, nous l’appelons misère en l’homme. (Pascal, Pensées)
HYPERHYPOTAXE (n.f): multiplication des subordinations logiques et circonstancielles.
Mais comme malgré les épingles avec lesquelles, pour que le jour ne passât pas, Françoise les attachait chaque soir et qu'elle seule savait défaire, comme malgré les couvertures, le dessus de table en cretonne rouge, les étoffes prises ici ou là qu'elle y ajustait, elle n'arrivait pas à les faire joindre exactement, l'obscurité n'était pas complète et ils laissaient se répandre sur le tapis comme un écarlate effeuillement d'anémones parmi lesquelles je ne pouvais m'empêcher de venir un instant poser mes pieds nus. (Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleur)
Figures de pensée
DIRE PLUS QUE L'ON NE PENSE
HYPERBOLE (n.f): expression exagérée.
Et les coups furieux pleuvent (Hugo, Les Contemplations)
DIRE MOINS QUE L'ON NE PENSE
LITOTE (n.f): expression atténuée destinée à faire entendre le plus en disant le moins.
Là votre pruderie et vos éclats de zèle
Ne furent pas cités comme un fort bon modèle. (Molière, Le Misanthrope)
PRETERITION (n.f): feinte de discours qui consiste à proclamer que l’on ne traitera pas un sujet que l’on traite en réalité.(c.f plus haut l’article HYPOTYPOSE)
Faut-il, Abner, faut-il vous rappeler le cours
Des prodiges fameux accomplis en nos jours ?
Des tyrans d'Israël les célèbres disgrâces,
Et Dieu trouvé fidèle en toutes ses menaces ;
L'impie Achab détruit et de son sang trempé
Le champ que par le meurtre il avait usurpé ;
Près de ce champ fatal Jézabel immolée,
Sous les pieds des chevaux cette reine foulée,
Dans son sang inhumain les chiens désaltérés,
Et de son corps hideux les membres déchirés…. (Racine, Athalie)
EXTENUATION (n.f) / ATTENUATION (n.f): Multiplication des dérobades visant à éviter toute formulation directe du propos. C'est, si l'on veut, un euphémisme étendu au discours tout entier.
Monsieur, cette matière est toujours un peu délicate,
Et sur le bel esprit nous aimons qu'on nous flatte.
Mais un jour, à quelqu'un, dont je tairai le nom,
Je disais, en voyant des vers de sa façon,
Qu'il faut qu'un galant homme ait toujours grand empire
Sur les démangeaisons qui nous prennent d'écrire;
Qu'il doit tenir la bride aux grands empressements
Qu'on a de faire éclat de tels amusements;
Et que, par la chaleur de montrer ses ouvrages,
On s'expose à jouer de mauvais personnages. (Molière, Le Misanthrope)
(L’effet d'atténuation: est produit par 1) le recours à un entretien fictif pour éviter l'affrontement du dialogue réel,
2) l’association, c.-à-d. le recours aux marques de la personne collective (on, nous) pour éviter toute référence directe à l'allocutaire).
METALEPSE (n.f): allusion détournée à une réalité qu’on ne peut ou ne veut exprimer directement. Ex: allusion de Phèdre à son amour pour l’aurige Hippolyte :
Quand pourrai-je, au travers d'une noble poussière,
Suivre de l'oeil un char fuyant dans la carrière! (Racine, Phèdre)
DIRE LE CONTRAIRE DE CE QUE L'ON PENSE
ANTIPHRASE IRONIQUE (n.f): expression qui dit le contraire de ce que pense le locuteur.
Rien n'était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées (Voltaire, Candide)
ASTEISME (n.m): antiphrase mondaine qui consiste à feindre d’être mécontent d’une initiative qui en réalité vous enchante.
A son entrée tandis que Mme Verdurin montrant des roses qu'il avait envoyées le matin lui disait – « Je vous gronde » et lui indiquait une place à côté d'Odette, le pianiste jouait pour eux deux la petite phrase de Vinteuil qui était comme l'air national de leur amour. (Proust, Du côté de chez Swann)
EPITROPE (n.f)/ PERMISSION (n.f): Autorisation antiphrastique.
AGRIPPINE
Poursuis, Néron : avec de tels ministres,
Par des faits glorieux tu te vas signaler ;
Poursuis. Tu n’as pas fait ce pas pour reculer :
Ta main a commencé par le sang de ton frère ;
Je prévois que tes coups viendront jusqu’à ta mère. (Racine, Britannicus)
DIRE MIEUX
CORRECTION (n.f): reformulation plus satisfaisante d'un terme.
J'aime, que dis-je, aimer ? j'idolâtre Junie. (Racine, Britannicus)
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