le lexique de l'imitation
LE LEXIQUE DE L’IMITATION DANS LES DICTIONNAIRES ET DANS L’ENCYCLOPEDIE
PIERRE RICHELET
IMITATEUR
Imitateur, s. m. Celui qui imite. Qui prend un excellent homme pour modèle. [Muret est un des imitateurs de Cicéron. C'est son fidèle imitateur. C'est l'imitateur des vertus de son père.]
PIERRE RICHELET
IMITER
Imiter, v. a. Prendre pour modèle, prendre pour exemple & pour patron. Se conformer à une chose. [Imiter les personnes, les vertus & les actions. Belle Orante, imitez ces exemples puissants. Sar. Poës.]
ANTOINE FURETIÈRE
IMITATEUR, ATRICE. subst. Qui copie les autres, qui suit leur exemple, leur modèle. Les imitateurs sont bien moins estimables que les inventeurs. Les imitateurs tombent plutôt dans les vices de leurs modèles, qu'ils n'atteignent leurs perfections.
ANTOINE FURETIÈRE
IMITATION. s. f. Copie d'un original. Ce tableau n'est qu'une imitation du Raphael, de Poussin. les plus beaux endroits de Virgile sont des imitations d'Homere. les larmes de St. Pierre de Malherbe, c'est une imitation du Tanfile.
IMITATION, est aussi l'action par laquelle on agit conformément à un modèle. Le Sauveur a commandé à ses Apostres de faire la Cene à son imitation. le livre de l'imitation de JESUS-CHRIST passe pour le plus beau des livres spirituels.
ANTOINE FURETIÈRE
IMITER. v. act. Copier quelque chose sur une autre qu'on a choisie pour modelle. Un tel Peintre imite bien, mais il designe mal. il y a des appeaux, des sifflets, qui imitent le chant des cailles, des perdrix. le perroquet imite la voix de l'homme, le singe ses actions.
IMITER, se dit aussi en Morale. ce jeune homme marche sur les pas de ses ancestres, il imite bien leurs vertus. il faut imiter les grands Saints, les hommes illustres de l'antiquité.
On dit proverbialement, que l'art imite la nature. Et on dit d'une chose, qu'elle est bien imitée, quand elle est bien tirée d'aprés nature.
IMITÉ, ÉE. part. & adj.
ACADÉMIE 1762
IMITATEUR, TRICE. s. Celui ou celle qui imite, qui s'attache à imiter. Il est imitateur des vertus de ses ancêtres. Tous les Chrétiens doivent être les imitateurs de JESUS-CHRIST. Il est grand imitateur de Cicéron, de Démosthène, &c. Les imitateurs des Anciens. C'est une imitatrice de sainte Thérèse, une fidelle imitatrice de ses vertus.
ACADÉMIE 1762
IMITATION. s. f. Action par laquelle on imite. L'imitation des vertus. L'imitation des vices. Se proposer pour la conduite de sa vie l'imitation des plus grands hommes. Cet ouvrier n'invente pas, mais il réussit dans l'imitation.
On dit d'Une chose qu'on ne sauroit imiter, qu'Elle est au-dessus de toute imitation. Et, Faire quelque chose à l'imitation de quelqu'un, pour dire, À l'exemple de quelqu'un, en suivant l'exemple de quelqu'un.
IMITATION, en parlant des productions de l'art ou de celles de l'esprit, se dit Des ouvrages dans lesquels on s'est proposé d'imiter quelque Orateur, quelque Poëte, quelque Peintre célèbre. Les Poëmes de Vida sont une imitation continuelle de Virgile. Ce tableau-là est une imitation de la nativité du Corrége.
IMITATION, est aussi le titre d'un Livre de Piété très-estimé.
À L'IMITATION. Façon de parler adverbiale. À l'exemple de, sur le modèle, &c.
ACADÉMIE 1762
IMITER. v. a. Suivre l'exemple, prendre pour exemple, se conformer à un modèle. Imiter les grands hommes. Imiter ses ancêtres. Ce sont des choses plus aisées à admirer qu'à imiter. Imiter les Anciens. Imiter les plus grands Orateurs, les plus grands Poëtes, les plus excellens Peintres. Imiter les actions des grands hommes. Imiter les vertus des Saints.
IMITER, en parlant des ouvrages de l'esprit ou de l'art, se dit, soit d'Un Auteur qui prend dans ses écrits l'esprit, le génie, le style d'un autre Auteur ; soit d'Un Peintre qui suit dans ses tableaux les manières, le goût & l'ordonnance de quelque autre Peintre. Cela est imité d'un tel Auteur. Imiter Cicéron. Imiter Virgile. Imiter Horace. Un tableau imité de Raphaël. L'art imite la nature. Cela est bien imité, heureusement imité.
IMITÉ, ÉE. participe.
TRÉVOUX 1743-1752
IMITATEUR, atrice, subst. Qui copie les autres, qui suit leur éxemple, leur modèle. Imitator. Saint Paul nous exhorte à être ses imitateurs, comme il l'étoit lui-même de Jésus-Christ. Les imitateurs sont bien moins estimables que les inventeurs. Les imitateurs tombent plustôt dans les défauts de leurs modèles, qu'ils n'atteignent leurs perfections. Caïus Sévérus compare les imitateurs à des voleurs qui changent les armes de la vaisselle d'argent qu'ils ont volée pour la vendre, comme si elle leur appartenoit. Elles entraînèrent après elles plusieurs imitatrices de leur zèle.
TRÉVOUX 1743-1752
IMITATION, s. f. Copie d'un original. Imitatio. Ce tableau n'est qu'une imitation de Raphaël, du Poussin. Les plus beaux endroits de Virgile sont des imitations d'Homère. Combien de gens affoiblissent leurs talens naturels par une mauvaise imitation. La Br. On a de la peine à distinguer une fausse imitation de la piété, d'avec la vraie dévotion. S. Évr. Tout ce qui sent l'imitation dégoûte ; parce que rien ne sauroit plaire qui ne soit naturel, ou qui ne le paroisse. Le Ch. de M. L'imitation en général n'est point blâmable : on ne doit condamner qu'une imitation basse & servile, qui n'ajoute, ou n'invente rien. Dac. L'imitation acheva de former le goût des Romains. Et voilà pourquoi Horace recommandoit avec tant de soin d'étudier nuit & jour les écrits des Grecs, qui étoient si utiles. Mad. Dacier. Le P. Edmont Campien, Jesuite, a fait un petit Traité de l'imitation de Cicéron ; & Casaubon, à la fin de son Perse, en a donné un, intitulé Persiana Horatii Imitatio.
Mon imitation n'est point un esclavage. La Fon.
Il fait allusion à ce passage d'Horace. O imitatores, servum pecus.
Imitation, est aussi l'action par laquelle on agit conformément à un modèle Le livre de l'imitation de Jésus-Christ passe pour le plus beau des livres de spiritualité. Ceux qui ne se conduisent point par raison, se laissent d'ordinaire conduire par l'imitation. M. Sc. Loin d'ici cette piété d'imitation, & de complaisance, qui sous un feint amour de Dieu couvre les desirs & les espérances du siècle. Fl.
Imitation, se dit en Musique lorsqu'une partie imite le chant d'une autre partie, ou pendant tout une pièce, ce qui est une des espèces du canon, ou bien seulement pendant quelques mesures, qui est une imitation simple : quelquefois on imite seulement le mouvement ou la figure des notes, & cela ou par un mouvement contraire, ce qui fait l'imitation renversée, ou en retrogradant, &c. L'imitation differe de la fugue en ce que dans l'imitation il faut que la répétition se fasse, ou une 2e, ou une 3e, ou une 6e, ou une 7e, ou une 9e, &c. au-dessus ou au-dessous de la première voix ; & si la répétition se faisoit à l'unisson, à la 4e, à la 5e, ou à la 8e, plus haut, ce seroit une fugue.
à Supplément de 1752.
TRÉVOUX 1743-1752
IMITATION, s. f. On dit d'une chose qu'on ne sçauroit imiter, qu'Elle est au-dessus de toute imitation.
A l'imitation. Façon de parler adverbiale : A l'exemple de, sur le modéle, &c. Ac. Fr.
Imitation. En termes de Musique, on distingue le dessein en imitation & en figure. L'imitation n'a rien de particulier. Elle consiste seulement à faire répéter à son gré & dans telle partie que l'on veut, une certaine suite de chant, sans autre régularité. Rameau.
TRÉVOUX 1743-1752
IMITER, v. act. Copier quelque chose sur une autre qu'on a choisie pour modèle. Imitari. Un tel Peintre imite bien, mais il dessine mal. Le perroquet imite la voix de l'homme, le singe ses actions. Tout le monde vous imite, Madame, mais personne ne vous ressemble. S. Évr. Pour exceller en quelque chose, il ne faut pas imiter. Le Ch. de M.
Imiter, soit en Sculpture, soit en Peinture, en Poesie, en Éloquence, en Musique, soit dans quelqu'autre Art, ne signifie pas toujours copier trait pour trait : c'est se former une idée semblable, & suivre la même manière. Imiter l'Antique, c'est en prendre la manière, le goût, le caractère.
Imiter, se dit aussi en Morale. Ce jeune homme marche sur les pas de ses Ancêtres, il imite bien leurs vertus. Il faut imiter les hommes illustres de l'antiquité. Nous devons avoir pour la vertu une admiration animée, qui fasse naître en notre ame comme un amoureux desir de l'imiter. S. Évr. On doit quelques louanges à ceux qui n'ayant pas les vertus mêmes, tâchent du moins à les imiter. La Pl.
Les Grecs disent en proverbe, qu'il est plus aisé de se moquer de quelqu'un, que d'en faire autant que lui, & de l'imiter, . C'est à peu près ce que Ronsard disoit, Il est aisé de reprendre, difficile de faire mieux.
On dit proverbialement, que l'art imite la nature. On dit d'une chose qu'elle est bien imitée, quand elle est bien tirée d'après nature.
Imité, ée, part. & adj.
Il est à propos de remarquer ici d'abord sur tous les noms qui commencent par IMM, que la première m ne s'y prononce point de la même manière que dans les mots qui après IM ont une autre lettre qu'une M ; par éxemple, imbiber, imparfait, impair, impanateur, impatient, impossible, &c. Car dans ceux-ci l'm ne fait qu'un son simple avec l'i ; ces deux lettres n'expriment qu'une véritable voyelle, de celles que M. l'Abbé Dangeau appelle voyelles nazales & Esclavones. Elle se prononce comme in, dans infini, indompté, inconcevable, &c. Mais dans les mots où l'I est suivi de deux MM, comme immaculé, & tous les autres qui suivent, la première M retient son son propre & particulier de consonne ; ainsi l'on prononce les deux MM ; mais on fait peu sentir la première, & on ne la prononce point rudement, mais doucement & légèrement.
DICTIONNAIRE DES SYNONYMES GUIZOT
IMITER, COPIER, CONTREFAIRE.
Termes qui désignent en général l'action de faire ressembler.
On imite par estime ; on copie par stérilité ; on contrefait par amusement.
On imite par écrit ; on copie les tableaux ; on contrefait les personnes.
On imite en embellissant ; on copie servilement ; on contrefait en chargeant. (Encycl. IV. 133.)
ÉMILE LITTRÉ
IMITATEUR, TRICE (i-mi-ta-teur, tri-s'), adj.
1° Qui imite, qui s'attache à imiter. N'attendez rien de bon du peuple imitateur, LA FONT. Fabl. XII, 19. Comparant toujours l'esprit d'une nation inventrice et celui des nations imitatrices, je mettais en parallèle plusieurs morceaux de Spencer que j'avais tâché de rendre avec beaucoup d'exactitude, VOLT. Mél. littér. à M. de *** profess. Comment se fait-il que, des trois arts imitateurs de la nature, celui [la musique] dont l'expression est la plus arbitraire et la moins précise parle le plus fortement à l'âme ? DIDER. Lett. sur les sourds et muets.
2° S. m. et f. Celui, celle qui imite. Des plus fameux héros fameux imitateur, ROTROU, St Gen. V, 7. Ils [Isaac et Jacob] furent ses imitateurs [d'Abraham], attachés comme lui à la croyance ancienne, BOSSUET Hist. II, 2. [Rome] Cette nouvelle Babylone, imitatrice de l'ancienne, comme elle enflée de ses victoires.... ID. ib. III, 1. Que d'imitateurs de son exemple dans cette sainte solennité ! MASS. Carême, Passion. La ville, l'imitatrice éternelle de la cour, en copia le faste, ID. Or. fun. Louis le Grand. Des plaisirs de leurs chefs affreux imitateurs, VOLT. Triumv. IV, 3.
Il se dit particulièrement d'un écrivain ou d'un artiste qui imite le style, la manière, le genre d'un autre. Lesage a été un imitateur de génie. Quelques imitateurs, sot bétail, je l'avoue, Suivent en vrais moutons le pasteur de Mantoue, LA FONT. Poésies mêlées, LXX. Il y a toujours un tour lâche ou contraint dans le pinceau de l'imitateur, VOLT. Examen des trois dern. ép. de J. B. Rouss. Ramsay, l'imitateur du Télémaque, comme Boyer l'était de Corneille ; Ramsay l'Écossais, qui voulait être de l'Académie française ; Ramsay, qui regrettait de n'être pas docteur de Sorbonne, ID. Dict. phil. Pope.
3° L'imitateur, oiseau (voy. SAXICOLE).
HISTORIQUE.
XIVe s. Autrement nous ne serions pas Vrais imitateurs de ses pas, l'Alch. à nat. 814.
XVe s. Alayn Chartier.... loingtain imitateur des orateurs, A. CHART. Quadriloge, au début.
XVIe s. Jà soit que art soit imitatrice de nature, l'ensuivant de bien près.... GILLES DU GUEZ, dans PALSGRAVE, p. 894. J'ay une condition singeresse et imitatrice, MONT. III, 356.
ÉTYMOLOGIE.
Lat. imitatorem, de imitari, imiter.
ÉMILE LITTRÉ
IMITATIF, IVE (i-mi-ta-tif, ti-v'), adj.
1° Qui imite. Tohu-bohu signifie précisément chaos, désordre ; c'est un de ces mots imitatifs qu'on trouve dans toutes les langues comme sens-dessus-dessous, tintamarre, trictrac, tonnerre, bombe, VOLT. Dict. phil. Genèse.
Harmonie imitative, arrangement de mots par lesquels on imite le son d'un objet naturel, comme quand Racine semble imiter le sifflement des serpents, en faisant dire à Oreste qui croit voir les furies : Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?
2° Il signifie aussi quelquefois qui a la faculté, l'habitude d'imiter. Le singe est un animal imitatif.
3° Terme de minéralogie. Se dit d'une variété dans laquelle une nouvelle loi de décroissement détermine une forme semblable à celle d'une autre variété plus simple.
ÉTYMOLOGIE.
Lat. imitativus, de imitari, imiter.
ÉMILE LITTRÉ
IMITATION (i-mi-ta-sion ; en vers, de cinq syllabes), s. f.
1° Action d'imiter ; résultat de cette action. Loin d'ici cette piété d'imitation et de complaisance qui porte dans le sanctuaire des voeux intéressés et profanes ! FLÉCH. Duc de Mont. Ouvrage qui était une imitation du grand labyrinthe, FÉN. Tél. V. Trop d'imitation éteint le génie, VOLT. Mél. littér. Cons. à L. Racine. L'imitation est de tous les résultats de la machine animale le plus admirable, BUFF. Nature des anim. Parmi les hommes, ce sont ordinairement ceux qui réfléchissent le moins qui ont le plus le talent de l'imitation, ID. ib. Ce talent d'imitation, bien loin de supposer de l'esprit et de la pensée dans les animaux, prouve au contraire qu'ils en sont absolument privés, ID. ib. Il marcha sur ses traces par esprit d'imitation plutôt que par caractère, RAYNAL, Hist. phil. XIII, 35.
Cela est au-dessus de toute imitation, se dit d'une chose qu'il est impossible de bien imiter.
Les arts d'imitation, la peinture, la sculpture.
Au théâtre, don ou talent de contrefaire les acteurs célèbres. Exceller dans les imitations.
2° Terme de littérature. Oeuvre dans laquelle on se propose d'en imiter une autre. C'est plutôt une imitation qu'une traduction. Mon imitation n'est point un esclavage ; Je ne prends que l'idée et les tours et les lois Que nos maîtres suivaient eux-mêmes autrefois, LA FONT. Poésies mêlées, LXX. Imitation d'Anacréon, Titre d'une petite pièce de vers de la Fontaine. Le conte du tonneau du doyen Swift est une imitation des trois anneaux ; la fable de ces trois anneaux est fort ancienne ; elle est du temps des croisades, VOLT. Mél. littér. Lettres à S. A. S. le prince de.... lett. 5. Corneille a réformé la scène tragique et la scène comique par d'heureuses imitations, ID. Comm. Corn. Rem. Menteur, préf. commentaire.
Cet ouvrage est une imitation de l'anglais, de l'allemand, est l'imitation d'un ouvrage anglais, allemand.
3° Terme de musique. Répétition d'une phrase ou d'un fragment de phrase musicale d'une partie dans une autre.
4° Par ellipse, Imitation se dit de l'Imitation de Jésus-Christ, ouvrage de piété très célèbre. Une belle édition de l'Imitation. L'Imitation a été mise en vers par P. Corneille.
5° Terme d'industrie. Sorte de contrefaçon qui n'a rien d'illicite, lorsqu'elle n'a point pour but de tromper l'acheteur. Vendre, fabriquer de l'imitation. Bijoux en imitation.
6° à l'imitation de, à l'exemple de, sur le modèle de. Cet édifice a été fait à l'imitation de tel autre. À son imitation, les femmes de tous les grands seigneurs des Perses et des Mèdes mépriseront les commandements de leurs maris, SACI, Bible, Esth. I, 18.
HISTORIQUE.
XVIe s. Comme l'un [Cicéron] se fust entierement adonné à l'imitation des Grecz, J. DU BELLAY, Illustr. de la langue franç. I, 7.
ÉTYMOLOGIE.
Lat. imitationem, de imitari, imiter.
ÉMILE LITTRÉ
IMITER (i-mi-té), v. a.
1° Chercher à reproduire ce qu'un autre fait. Le singe imite l'homme. Imiter les manières de quelqu'un. Ses gardes affligés Imitaient son silence autour de lui rangés, RAC. Phèd. V, 6. Elle [Rome] se tait du moins : imitez son silence, RAC. Brit. III, 8. Et nous n'avons du ciel imité que la foudre, VOLT. Alz. I, 1. Imiter un ingrat, c'est le justifier, IMBERT, Jaloux sans amour, III, 8.
Contrefaire, copier. Ils s'efforcent d'imiter les produits de nos fabriques. Imiter l'écriture, la signature d'une personne.
2° Prendre la conduite, les actions d'une personne pour modèle. Imiter la nature. Alexandre affecta d'imiter Bacchus, non-seulement aux victoires qu'il avait remportées sur les Indiens, mais aussi en la forme de son triomphe, VAUGEL. Q. C. IX, 10. Ma valeur n'a point lieu de te désavouer, Tu l'as bien imitée.... CORN. Cid, III, 6. Si nous n'avons pas le courage d'imiter le P. Bourgoing en ses austérités, BOSSUET Bourgoing. L'archevêque lui répondit : vous l'avez imité en son péché, imitez-le donc en sa pénitence, FLÉCH. Hist. de Théodose, IV, 7. Ainsi dans leurs excès vous n'imiteriez pas L'infidèle Joram, l'impie Ochosias ? RAC. Ath. IV, 2. Imitez sa justice ainsi que sa vaillance, VOLT. Mérope, I, 3.
Imiter l'exemple de quelqu'un, faire ce qu'il a fait. Imite mon exemple ; et, lorsqu'une cabale, Un flot de vains auteurs follement te ravale, Profite de leur haine, BOILEAU Épît. VII. Toutefois en ces lieux je ne connais personne Qui ne doive imiter l'exemple que je donne, RAC. Mithr. I, 3.
3° Terme de littérature et de beaux-arts. Prendre pour modèle le style, le genre, la manière d'un autre. Ce tableau est imité de Raphaël. Il semble qu'à ce qu'il imite, Ajoutant un nouveau mérite, Il le crée encor une fois, LAMOTTE, Od. t. I, p. 360, dans POUGENS. Vous croyez imiter Cicéron ; et vous n'imitez que maître Jean, VOLT. Dict. phil. Style.
Cet ouvrage est imité de l'espagnol, il est imité d'un ouvrage espagnol.
Absolument. Imiter ainsi, ce n'est point être plagiaire, c'est lutter, comme dit Boileau, contre son original, VOLT. Ess. poés. épique, ch. 9. Celui qui imite toujours ne mérite assurément pas d'être imité, ID. Exam. des 3 der. ép de J. B. Rousseau.
4° Dans les beaux-arts, faire l'image, la ressemblance d'une chose. Ce peintre, ce sculpteur s'attache à bien imiter la nature. La musique imite le bruit du tonnerre, les gémissements, les cris.
5° Ressembler, en parlant des choses. Cette composition imite le diamant. Ce papier peint imite le velours. Le bruit de cette cataracte imite celui du tonnerre.
6° S'imiter, v. réfl. Faire ce qu'on a fait. La nature s'imite : une graine jetée en bonne terre produit ; un principe jeté dans un bon esprit produit, PASC. Pensées diverses, 71, éd. FAUGÈRE.
S'imiter l'un l'autre. Si l'on devait s'imiter constamment les uns les autres, à quoi bon une âme et un esprit pour chacun ? STAËL, Corinne, IX, 1.
SYNONYME.
IMITER, COPIER. Copier, c'est reproduire exactement, sans s'écarter en rien du modèle. Imiter, c'est reproduire librement, sans s'astreindre à l'exactitude, et en s'écartant du modèle là où cela convient.
HISTORIQUE.
XVIe s. Tout ainsi que ce fut le plus louable aux anciens de bien inventer, aussi est-ce le plus utile de bien imiter, J. DUBELLAY, Illustr. de la langue franç. I, 8.
ÉTYMOLOGIE.
Lat. imitari, imiter.
ENCYCLOPEDIE
* IMITATION, s. f. (Gramm. & Philosoph.) c'est la représentation artificielle d'un objet. La nature aveugle n'imite point ; c'est l'art qui imite. Si l'art imite par des voix articulées, l'imitation s'appelle discours, & le discours est oratoire ou poétique. Voyez ELOQUENCE & POESIE. S'il imite par des sons, l'imitation s'appelle musique. Voyez l'article MUSIQUE. S'il imite par des couleurs, l'imitation s'appelle peinture. Voyez l'article PEINTURE. S'il imite avec le bois, la pierre, le marbre, ou quelqu'autre matiere semblable, l'imitation s'appelle sculpture. Voyez l'article SCULPTURE. La nature est toujours vraie ; l'art ne risquera donc d'être faux dans son imitation que quand il s'écartera de la nature, ou par caprice ou par l'impossibilité d'en approcher d'assez près. L'art de l'imitation en quelque genre que ce soit, a son enfance, son état de perfection, & son moment de décadence. Ceux qui ont créé l'art, n'ont eu de modele que la nature. Ceux qui l'ont perfectionné, n'ont été, à les juger à la rigueur, que les imitateurs des premiers ; ce qui ne leur a point ôté le titre d'hommes de génie ; parce que nous apprécions moins le mérite des ouvrages par la premiere invention & la difficulté des obstacles surmontés, que par le degré de perfection & l'effet. Il y a dans la nature des objets qui nous affectent plus que d'autres ; ainsi quoique l'imitation des premiers soit peut-être plus facile que l'imitation des seconds, elle nous intéressera davantage. Le jugement de l'homme de goût & celui de l'artiste sont bien différens. C'est la difficulté de rendre certains effets de la nature, qui tiendra l'artiste suspendu en admiration. L'homme de goût ne connoît guere ce mérite de l'imitation ; il tient trop au technique qu'il ignore : ce sont des qualités dont la connoissance est plus générale & plus commune, qui fixeront ses regards. L'imitation est rigoureuse ou libre ; celui qui imite rigoureusement la nature en est l'historien. Voyez HISTOIRE. Celui qui la compose, l'exagere, l'affoiblit, l'embellit, en dispose à son gré, en est le poëte. Voyez POESIE. On est historien ou copiste dans tous les genres d'imitation. On est poëte, de quelque maniere qu'on peigne ou qu'on imite. Quand Horace disoit aux imitateurs, ô imitatores servum pecus, il ne s'adressoit ni à ceux qui se proposoient la nature pour modele, ni à ceux qui marchant sur les traces des hommes de génie qui les avoient précédés, cherchoient à étendre la carriere. Celui qui invente un genre d'imitation est un homme de génie. Celui qui perfectionne un genre d'imitation inventé, ou qui y excelle, est aussi un homme de génie. Voyez l'article suivant.
IMITATION, s. f. (Poésie, Rhétor.) on peut la définir, l'emprunt des images, des pensées, des sentimens, qu'on puise dans les écrits de quelqu'auteur, & dont on fait un usage, soit différent, soit approchant, soit en enchérissant sur l'original.
Rien n'est plus permis que d'user des ouvrages qui sont entre les mains de tout le monde ; ce n'est point un crime de les copier ; c'est au contraire dans leurs écrits, selon Quintilien, qu'il faut prendre l'abondance & la richesse des termes, la variété des figures, & la maniere de composer : ensuite, ajoute cet orateur, on s'attachera fortement à imiter les perfections que l'on voit en eux ; car on ne doit pas douter qu'une bonne partie de l'art ne consiste dans l'imitation adroitement déguisée.
Laissons dire à certaines gens que l'imitation n'est qu'une espece de servitude qui tend à étouffer la vigueur de la nature ; loin d'affoiblir cette nature, les avantages qu'on en tire ne servent qu'à la fortifier. C'est ce que M. Racine a prouvé solidement dans un mémoire agréable, dont le précis décorera cet article.
Stésychore, Archiloque, Hérodote, Platon, ont été des imitateurs d'Homere, lequel vraisemblablement n'a pû lui-même, sans imitation de ceux qui l'ont précédé, porter tout d'un coup la Poésie à son plus haut point de perfection. Virgile n'écrit presque rien qu'il n'imite ; tantôt il suit Homere, tantôt Théocrite, tantôt Hésiode, & tantôt les poëtes de son tems ; & c'est pour avoir eu tant de modeles, qu'il est devenu un modele admirable à son tour.
J'avoue qu'il n'est pas impossible que des hommes plus favorisés du ciel que les autres, s'ouvrent d'eux-mêmes un chemin nouveau, & y marchent sans guides ; mais de tels exemples sont si merveilleux, qu'ils doivent passer pour des prodiges.
En effet, le plus heureux génie a besoin de secours pour croître & se soutenir ; il ne trouve pas tout dans son propre fonds. L'ame ne sauroit concevoir ni enfanter une production célebre, si elle n'a été comme fécondée par une source abondante de connoissances. Nos efforts sont inutiles, sans les dons de la nature ; & nos efforts sont imparfaits si l'on n'accompagne ces dons, si l'imitation ne les perfectionne.
Mais il ne suffit pas de connoître l'utilité de l'imitation ; il faut savoir encore quelles regles on doit suivre pour en retirer les avantages qu'elle est capable de procurer.
La premiere chose qu'il faut faire est de se choisir un bon modele. Il est plus facile qu'on ne pense de se laisser surprendre par des guides dangereux ; on a besoin de sagacité pour discerner ceux auxquels on doit se livrer. Combien Séneque a-t-il contribué à corrompre le goût des jeunes gens de son tems & du nôtre ? Lucain a égaré plusieurs esprits qui ont voulu l'imiter, & qui ne possédoient pas le feu de son éloquence. Son traducteur entraîné comme les autres, a eu la folle ambition de lui dérober la gloire du style ampoulé.
Il ne faut pas même s'attacher tellement à un excellent modele, qu'il nous conduise seul & nous fasse oublier tous les autres écrivains. Il faut comme une abeille diligente, voler de tous côtés, & s'enrichir du suc de toutes les fleurs. Virgile trouve de l'or dans le fumier d'Ennius ; & celui qui peint Phedre d'après Euripide, y ajoute encore de nouveaux traits que Séneque lui présente.
Le discernement n'est pas moins nécessaire pour prendre dans les modeles qu'on a choisis les choses qu'on doit imiter. Tout n'est pas également bon dans les meilleurs auteurs ; & tout ce qui est bon ne convient pas également dans tous les tems & dans tous les lieux.
De plus, ce n'est pas assez que de bien choisir ; l'imitation doit être faite d'une maniere noble, généreuse & pleine de liberté. La bonne imitation est une continuelle invention. Il faut, pour ainsi dire, se transformer en son modele, embellir ses pensées, & par le tour qu'on leur donne, se les approprier, enrichir ce qu'on lui prend, & lui laisser ce qu'on ne peut enrichir. C'est ainsi que la Fontaine imitoit, comme il le déclare nettement.
Mon imitation n'est point un esclavage :
" Je n'emploie que l'idée, les tours & les lois que nos maîtres suivoient eux-mêmes ".
Si d'ailleurs quelque endroit plein chez eux d'excellence,
Peut entrer dans mes vers sans nulle violence,
Je l'y transporte, & veux qu'il n'ait rien d'affecté,
Tâchant de rendre mien, cet air d'antiquité.
Malherbe, par exemple, montre comment on peut enrichir la pensée d'un autre, par l'image sous laquelle il représente les vers si connus d'Horace, pallida mors aequo pulsat pede, pauperum tabernas, regumque turres.
Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,
Est sujet à ses lois ;
Et la garde qui veille aux barrieres du louvre,
N'en défend pas nos rois.
Sophocle fait dire au malheureux Ajax, lorsqu'étant prêt de mourir, il trouve son fils :
.
Virgile exprime la même chose d'une maniere différente.
Disce, puer, virtutem ex me, verumque laborem,
Fortunam ex aliis.
Et nous trouvons dans Andromaque la même idée rendue encore d'une façon nouvelle.
Fais connoître à mon fils, les héros de sa race :
Autant que tu pourras, conduis-le sur leur trace ;
Dis-lui par quels exploits leurs noms ont éclaté,
Plutôt ce qu'ils ont fait, que ce qu'ils ont été.
M. Despréaux qui disoit en badinant, " qu'il n'étoit qu'un gueux revêtu des dépouilles d'Horace, " s'est si fort enrichi de ces dépouilles, qu'il s'en est fait un trésor, qui lui appartient justement ; en imitant toujours, il est toujours original. Il n'a pas traduit le poëte latin, mais il a joûté contre lui, parce que dans ce genre de combat, on peut être vaincu sans honte.
Si Virgile n'avoit pas osé joûter contre Homere, nous n'aurions point sa magnifique description de la descente d'Enée aux enfers, ni l'admirable peinture du bouclier de son héros. C'est ici qu'il faut convenir que le poëte latin nous apprend comment il s'y faut prendre pour se rendre original en imitant ; c'est de cette maniere que les grands Peintres & les Sculpteurs imitent la nature, je veux dire en l'embellissant. Voyez le mémoire de M. l'abbé Fraguier sur les imitations de l'Enéïde.
L'approbation constante que l'Iphigénie de Racine a reçue sur le théâtre françois, justifie sans-doute l'opinion de ceux qui mettent cette tragédie au nombre des plus belles. En la comparant à la piece du même nom, qui a fait les délices du théâtre d'Athènes, on verra de quelle façon on doit imiter les anciens. Euripide, de l'aveu d'Aristote, ne donne pas à son Iphigénie, un caractere constant & soutenu ; d'abord, elle déclare qu'elle périt par le meurtre injuste d'un pere barbare : un moment après, elle change de sentiment, elle excuse ce pere, & prie Clytemnestre de ne point haïr Agamemnon, pour l'amour d'elle. L'auteur de l'Iphigénie moderne sentant la faute d'Euripide, a pris grand soin de l'éviter ; il a peint cette fille toujours respectueuse & toujours soumise aux volontés de son pere.
Ainsi l'imitation née de la lecture continuelle des bons originaux, ouvre l'imagination, inspire le goût, étend le génie, & perfectionne les talens ; c'est ce qui fait dire à un de nos meilleurs poëtes :
Mon feu s'échauffe à leur lumiere,
Ainsi qu'un jeune peintre instruit
Sous Coypel & sous l'Argilliere,
De ces maîtres qui l'ont conduit,
Se rend la touche familiere ;
Il prend noblement leur maniere,
Et compose avec leur esprit.
Ne rougissons donc pas de consulter des guides habiles, toujours prêts à nous conduire. Quoiqu'ils soient nos maîtres, la grande distance que nous voyons entr'eux & nous, ne doit point nous effrayer. La carriere dans laquelle ils ont couru si glorieusement est encore ouverte ; nous pouvons les atteindre, en les prenant pour modeles & pour rivaux dans nos imitations ; si nous ne les atteignons pas, du-moins nous pouvons en approcher, & après les grands hommes, il est encore des places honorables. La réputation de Lucrece n'empêcha pas Virgile de paroître, & la gloire d'Hortensius ne ralentit point l'ardeur de Cicéron pour l'éloquence. Quel homme étoit plus propre à desespérer ses rivaux que Corneille ? cependant il a trouvé un égal ; & quoiqu'un autre ait mérité la même couronne, la sienne lui est demeurée toute entiere, & n'a rien perdu de son éclat.
Concluons que c'est à l'imitation que les modernes doivent leur gloire, & que c'est de cette même imitation que les anciens ont tiré leur grandeur. (D. J.)
IMITATION, s. f. (Morale) c'est, dit Bacon, la traduction des préceptes en exemples. Un jeune homme qui veut s'avancer dans la carriere de la gloire & de la vertu, doit commencer par se proposer d'excellens modeles, & ne pas prendre d'après eux quelques traits de ressemblance, pour une parfaite conformité ; mais avec le tems, il doit devenir lui-même son modele ; c'est-à-dire régler ses actions par ses actions, & donner des exemples après en avoir suivi. (D. J.)
IMITATION en Musique, est l'emploi d'un même tour de chant dans plusieurs parties qui se font entendre l'une après l'autre. A l'unisson, à la tierce, à la quarte, ou à quelqu'autre intervalle que ce soit, l'imitation est toujours bien prise, même en changeant plusieurs notes, pourvû que le même chant se reconnoisse toûjours, & qu'on ne s'écarte point des lois d'une bonne modulation. Souvent pour rendre l'imitation plus sensible, on la fait précéder d'un silence. On traite l'imitation comme on veut ; on la prend, on l'abandonne, on en commence une autre à sa liberté ; en un mot les regles en sont aussi relachées que celles de la fugue sont séveres : c'est pourquoi les grands maîtres la dédaignent, & toute imitation trop affectée décele presque toûjours un écolier en composition.
Supplément Panckoucke
§ IMITATION, (Musique.) La musique dramatique ou théâtrale concourt à l'imitation, ainsi que la Poésie & la Peinture : c'est à ce principe commun que se rapportent tous les beaux-arts, comme l'a montré M. le Batteux. Mais cette imitation n'a pas pour tous la même étendue. Tout ce que l'imitation peut se représenter est du ressort de la Poésie. La Peinture, qui n'offre point ses tableaux à l'imagination, mais aux sens & à un seul sens, ne peint que les objets soumis à la vue. La Musique sembleroit avoir les mêmes bornes par rapport à l'ouie ; cependant elle peint tout, même les objets qui ne sont que visibles : par un prestige presque inconcevable, elle semble mettre l'oeil dans l'oreille, & la plus grande merveille d'un art qui n'agit que par le mouvement, est d'en pouvoir former jusqu'à l'image du repos. La nuit, le sommeil, la solitude & le silence entrent dans le nombre des grands tableaux de la Musique. On sait que le bruit peut produire l'effet du silence, & le silence l'effet du bruit : comme quand on s'endort à une lecture égale & monotone, & qu'on s'éveille à l'instant qu'elle cesse. Mais la Musique agit plus intimement sur nous en excitant, par un sens, des affections semblables à celles qu'on peut exciter par un autre ; &, comme le rapport ne peut être sensible que l'impression ne soit forte, la Peinture dénuée de cette force ne peut rendre à la Musique les imitations que celle-ci tire d'elle. Que toute la nature soit endormie, celui qui la contemple ne dort pas, & l'art du musicien consiste à substituer à l'image insensible de l'objet celle des mouvemens que sa présence excite dans le coeur du contemplateur. Non-seulement il agitera la mer, animera la flamme d'un incendie, fera couler les ruisseaux, tomber la pluie, grossir les torrens ; mais il peindra l'horreur d'un désert affreux, rembrunira les murs d'une prison souterreine, calmera la tempête, rendra l'air tranquille & serein, & répandra de l'orchestre une fraîcheur nouvelle sur les bocages. Il ne représentera pas directement ces choses, mais il excitera dans l'ame les mêmes mouvemens qu'on éprouva en les voyant.
J'ai dit au mot HARMONIE, (Musiq.) Suppl. qu'on ne tire d'elle aucun principe qui mene à l'imitation musicale, puisqu'il n'y a aucun rapport entre des accords & les objets qu'on veut peindre, ou les passions qu'on veut exprimer. Je ferai voir au mot MELODIE quel est ce principe que l'harmonie ne fournit pas, & quels traits donnés par la nature sont employés par la Musique pour représenter ces objets & ces passions. (S)
On dit à l'article IMITATION, dans le Dictionnaire raisonné des Sciences, &c. " Les grands maîtres la dédaignent, & toute imitation trop affectée décele presque toujours un écolier en composition ".
Comme je suis très-persuadé que le sentiment de M. Rousseau est d'un grand poids en musique, je crois devoir commenter, pour ainsi dire, cette idée.
D'abord que, pour faire une imitation, on gâte ou l'on altere un beau chant, on a tort ; mais si l'imitation peut avoir lieu sans cela, pourquoi ne pas en saisir l'occasion, sur-tout lorsque le trait de chant imité est une des idées principales de la piece. Il en est de l'imitation comme du contre-point double ; (voyez cet article, (Musiq.) Suppl.) ; sans elle, on ne peut guere faire une piece à plusieurs parties récitantes, car chaque partie ne peut pas toujours annoncer un motif nouveau ; & si l'on fait répéter le même trait successivement à chaque partie & dans la même harmonie, l'ennui s'en mêlera bientôt.
L'imitation fournit aussi le moyen de reproduire souvent le même motif sous un aspect nouveau, & en diminuant ou augmentant son effet suivant l'exigence du cas. Car, par exemple, si l'on veut augmenter l'effet du motif, on l'annoncera dans le premier dessus, on l'imitera dans les autres parties, en lui donnant un accompagnement foible, & d'un chant peu marqué. Mais si l'on veut faire ressouvenir l'auditeur du motif sans l'en occuper entiérement, on l'annoncera dans les parties inférieures ; on l'imitera dans une de ces mêmes parties, tandis que le dessus aura pour accompagnement un chant plein & bien marqué ; il est clair que pour que cela se puisse, il faut que le trait de chant imité soit simple.
Je ne vois pas comment les duo, les trio, &c. pourront avoir lieu sur le théâtre sans imitation. Fera-t-on chanter les deux parties ensemble à la tierce ou à la sixte ? Quel ennui, pour peu que la piece soit longue ! D'ailleurs ce que j'ai dit à l'article FUGUE revient encore ici. Est-il plus naturel que deux, trois ou plus de personnes commencent à chanter toutes ensemble les mêmes paroles, sur le même air, ou qu'elles commencent à quelque distance l'une de l'autre, & en mettant dans leur chant des différences analogues à leur caractere, sans que pour cela le chant d'une des personnes contredise celui de l'autre ? Or voilà précisément ce que fait & enseigne l'imitation ; par elle on apprend jusqu'à quel point on peut changer un chant, sans qu'il perde entiérement sa physionomie.
Il y a différentes sortes d'imitations.
L'imitation renversée ou en rétrogradant, lorsque la partie imitante répete à reculons les notes de la partie principale, c'est-à-dire en commençant par la derniere, & finissant par la premiere.
L'imitation liée ou contrainte, lorsque la partie imitante répete exactement & note pour note le même trait de chant, mais une seconde, tierce, &c. plus haut ou plus bas.
L'imitation par mouvement contraire, que quelques-uns appellent renversée, quoique Brossard donne ce nom à celle qui va en rétrogradant, comme nous l'avons déja dit. Cette sorte d'imitation a lieu lorsque la partie imitante répete les notes de la principale par mouvement contraire, c'est-à-dire que si la premiere procede diatoniquement ou par saut en montant, l'imitante procede diatoniquement ou par saut en descendant, & au contraire.
Enfin l'imitation simple ou libre, quand on reconnoît le même chant dans la partie imitante, sans qu'elle observe les mêmes intervalles ou les mêmes valeurs de notes que la partie principale. C'est de cette derniere sorte d'imitation que j'ai voulu parler. (F. D. C.)
Table Panckoucke
IMITATION. (Gramm. & Philos.) L'art ne risque d'être faux dans son imitation, que quand il s'écarte de la nature. Ceux qui ont créé l'art, n'ont eu de modele que la nature. Leurs imitateurs n'en ont pas moins mérité le titre d'hommes de génie. Différence entre le jugement de l'homme de goût & celui de l'artiste. Imitation rigoureuse & imitation libre. Celui qui invente ou qui perfectionne un genre d'imitation est homme de génie. VIII. 564. b.
Imitation. Des arts qui ont pour objet l'imitation de la nature. I. xj. Disc. prélim. Imitation de la belle nature, II. 177. a. dans les fictions mêmes, VI. 679. b. &c. L'essence de la poésie consiste dans l'imitation. XII. 838. a. Comment le poëte tragique doit imiter la nature. Suppl. III. 517. a. Imitation de la belle nature dans le physique, Suppl. IV. 998. b. & dans le moral. Ibid. & 999. a. Difficulté attachée à cette imitation. 21. b. C'est à nous donner mieux que la nature, que l'art s'engage en l'imitant. Suppl. II. 320. b. 321. a. Comment le poëte comique doit l'imiter. 518. b. Importance de cette imitation. Ibid. De l'illusion que doivent produire les arts d'imitation. Suppl. III. 560. b. - 562. a. Suppl. IV. 583. b. De la beauté dans les arts d'imitation. Suppl. I. 839. b. 840. a. Suppl. III. 515. b. &c. De l'art d'imiter les moeurs, voyez MOEURS. L'imitation n'est point le but principal des arts libéraux ; il en est même qui n'ont point du tout l'imitation pour but. Suppl. I. 586. a, b. Suppl. III. 515. b.
Imitation, figure de grammaire. VI. 768. b.
IMITATION. (Poés. Rhét.) Usage qu'un écrivain peut faire des ouvrages d'autrui. Les avantages qu'on retire de l'imitation, loin d'affoiblir la nature, ne servent qu'à la fortifier. Poëtes qui ont imité Homere. Virgile n'écrit presque rien qu'il n'imite. VIII. 567. b. Le plus heureux génie a besoin de secours pour croître & se soutenir. Regles qu'on doit suivre dans l'imitation : se choisir un bon modele ; ne pas s'y attacher tellement qu'il nous conduise seul. Discernement dans le choix de ce qu'on doit prendre dans ses modeles. L'imitation doit être faite d'une maniere noble & pleine de liberté. C'est ainsi que la Fontaine, Malherbe, Ibid. 568. a. & Despréaux imitoient. Comment Virgile se rend original en imitant Homere. Imitation de l'Iphigénie d'Euripide, par Racine. Avantages de ce dernier sur son modele.... L'imitation perfectionne les talens. Ne rougissons donc pas de consulter des guides habiles, toujours prêts à nous conduire. La grande distance que nous voyons entr'eux & nous, ne doit point nous effrayer. Ibid. b.
IMITATION. (Musiq.) La musique dramatique concourt à l'imitation, ainsi que la poésie & la peinture. La musique peint tout, même les objets qui ne sont que visibles. Par un prestige presqu'inconcevable, elle semble mettre l'oeil dans l'oreille ; & la plus grande merveille d'un art qui n'agit que par le mouvement, est de pouvoir former jusqu'à l'image du repos. Suppl. III. 568. a. Elle ne représentera pas directement ces choses ; mais elle excitera dans l'ame les mêmes mouvemens qu'on éprouva en les voyant. - Sur le principe qui mene à l'imitation musicale, voyez MELODIE.
Observations sur l'article Imitation de l'Encyclopédie. Si l'imitation peut avoir lieu, sans gâter ou altérer un beau chant, l'on doit en saisir l'occasion, sur-tout lorsque le trait de chant imité est une des idées principales de la piece. - L'imitation fournit le moyen de reproduire souvent le même motif sous un aspect nouveau, & en diminuant ou augmentant son effet selon l'exigeance des cas. - Les duo, les trio, &c. ne peuvent avoir lieu sur le théatre sans imitation. Imitations de différentes sortes ; imitation renversée ou en rétrogradant ; imitation liée ou contrainte. Ibid. b. Imitation par mouvement contraire ; imitation simple ou libre. Ibid. 569. a.
IMITATION. (Morale) Un jeune homme doit commencer par se proposer d'excellens modeles.... mais avec le tems il doit devenir lui-même son modele, & donner des exemples après en avoir suivi. VIII. 569. a.
IMITATION, (Musiq.) emploi d'un même tour de chant dans plusieurs parties qui se font entendre l'une après l'autre. Des regles de l'imitation. VIII. 569. a.
Imitation musicale. XI. 574. b. Suppl. II. 924. a. Voyez IMITATIF.
PIERRE RICHELET
IMITATEUR
Imitateur, s. m. Celui qui imite. Qui prend un excellent homme pour modèle. [Muret est un des imitateurs de Cicéron. C'est son fidèle imitateur. C'est l'imitateur des vertus de son père.]
PIERRE RICHELET
IMITER
Imiter, v. a. Prendre pour modèle, prendre pour exemple & pour patron. Se conformer à une chose. [Imiter les personnes, les vertus & les actions. Belle Orante, imitez ces exemples puissants. Sar. Poës.]
ANTOINE FURETIÈRE
IMITATEUR, ATRICE. subst. Qui copie les autres, qui suit leur exemple, leur modèle. Les imitateurs sont bien moins estimables que les inventeurs. Les imitateurs tombent plutôt dans les vices de leurs modèles, qu'ils n'atteignent leurs perfections.
ANTOINE FURETIÈRE
IMITATION. s. f. Copie d'un original. Ce tableau n'est qu'une imitation du Raphael, de Poussin. les plus beaux endroits de Virgile sont des imitations d'Homere. les larmes de St. Pierre de Malherbe, c'est une imitation du Tanfile.
IMITATION, est aussi l'action par laquelle on agit conformément à un modèle. Le Sauveur a commandé à ses Apostres de faire la Cene à son imitation. le livre de l'imitation de JESUS-CHRIST passe pour le plus beau des livres spirituels.
ANTOINE FURETIÈRE
IMITER. v. act. Copier quelque chose sur une autre qu'on a choisie pour modelle. Un tel Peintre imite bien, mais il designe mal. il y a des appeaux, des sifflets, qui imitent le chant des cailles, des perdrix. le perroquet imite la voix de l'homme, le singe ses actions.
IMITER, se dit aussi en Morale. ce jeune homme marche sur les pas de ses ancestres, il imite bien leurs vertus. il faut imiter les grands Saints, les hommes illustres de l'antiquité.
On dit proverbialement, que l'art imite la nature. Et on dit d'une chose, qu'elle est bien imitée, quand elle est bien tirée d'aprés nature.
IMITÉ, ÉE. part. & adj.
ACADÉMIE 1762
IMITATEUR, TRICE. s. Celui ou celle qui imite, qui s'attache à imiter. Il est imitateur des vertus de ses ancêtres. Tous les Chrétiens doivent être les imitateurs de JESUS-CHRIST. Il est grand imitateur de Cicéron, de Démosthène, &c. Les imitateurs des Anciens. C'est une imitatrice de sainte Thérèse, une fidelle imitatrice de ses vertus.
ACADÉMIE 1762
IMITATION. s. f. Action par laquelle on imite. L'imitation des vertus. L'imitation des vices. Se proposer pour la conduite de sa vie l'imitation des plus grands hommes. Cet ouvrier n'invente pas, mais il réussit dans l'imitation.
On dit d'Une chose qu'on ne sauroit imiter, qu'Elle est au-dessus de toute imitation. Et, Faire quelque chose à l'imitation de quelqu'un, pour dire, À l'exemple de quelqu'un, en suivant l'exemple de quelqu'un.
IMITATION, en parlant des productions de l'art ou de celles de l'esprit, se dit Des ouvrages dans lesquels on s'est proposé d'imiter quelque Orateur, quelque Poëte, quelque Peintre célèbre. Les Poëmes de Vida sont une imitation continuelle de Virgile. Ce tableau-là est une imitation de la nativité du Corrége.
IMITATION, est aussi le titre d'un Livre de Piété très-estimé.
À L'IMITATION. Façon de parler adverbiale. À l'exemple de, sur le modèle, &c.
ACADÉMIE 1762
IMITER. v. a. Suivre l'exemple, prendre pour exemple, se conformer à un modèle. Imiter les grands hommes. Imiter ses ancêtres. Ce sont des choses plus aisées à admirer qu'à imiter. Imiter les Anciens. Imiter les plus grands Orateurs, les plus grands Poëtes, les plus excellens Peintres. Imiter les actions des grands hommes. Imiter les vertus des Saints.
IMITER, en parlant des ouvrages de l'esprit ou de l'art, se dit, soit d'Un Auteur qui prend dans ses écrits l'esprit, le génie, le style d'un autre Auteur ; soit d'Un Peintre qui suit dans ses tableaux les manières, le goût & l'ordonnance de quelque autre Peintre. Cela est imité d'un tel Auteur. Imiter Cicéron. Imiter Virgile. Imiter Horace. Un tableau imité de Raphaël. L'art imite la nature. Cela est bien imité, heureusement imité.
IMITÉ, ÉE. participe.
TRÉVOUX 1743-1752
IMITATEUR, atrice, subst. Qui copie les autres, qui suit leur éxemple, leur modèle. Imitator. Saint Paul nous exhorte à être ses imitateurs, comme il l'étoit lui-même de Jésus-Christ. Les imitateurs sont bien moins estimables que les inventeurs. Les imitateurs tombent plustôt dans les défauts de leurs modèles, qu'ils n'atteignent leurs perfections. Caïus Sévérus compare les imitateurs à des voleurs qui changent les armes de la vaisselle d'argent qu'ils ont volée pour la vendre, comme si elle leur appartenoit. Elles entraînèrent après elles plusieurs imitatrices de leur zèle.
TRÉVOUX 1743-1752
IMITATION, s. f. Copie d'un original. Imitatio. Ce tableau n'est qu'une imitation de Raphaël, du Poussin. Les plus beaux endroits de Virgile sont des imitations d'Homère. Combien de gens affoiblissent leurs talens naturels par une mauvaise imitation. La Br. On a de la peine à distinguer une fausse imitation de la piété, d'avec la vraie dévotion. S. Évr. Tout ce qui sent l'imitation dégoûte ; parce que rien ne sauroit plaire qui ne soit naturel, ou qui ne le paroisse. Le Ch. de M. L'imitation en général n'est point blâmable : on ne doit condamner qu'une imitation basse & servile, qui n'ajoute, ou n'invente rien. Dac. L'imitation acheva de former le goût des Romains. Et voilà pourquoi Horace recommandoit avec tant de soin d'étudier nuit & jour les écrits des Grecs, qui étoient si utiles. Mad. Dacier. Le P. Edmont Campien, Jesuite, a fait un petit Traité de l'imitation de Cicéron ; & Casaubon, à la fin de son Perse, en a donné un, intitulé Persiana Horatii Imitatio.
Mon imitation n'est point un esclavage. La Fon.
Il fait allusion à ce passage d'Horace. O imitatores, servum pecus.
Imitation, est aussi l'action par laquelle on agit conformément à un modèle Le livre de l'imitation de Jésus-Christ passe pour le plus beau des livres de spiritualité. Ceux qui ne se conduisent point par raison, se laissent d'ordinaire conduire par l'imitation. M. Sc. Loin d'ici cette piété d'imitation, & de complaisance, qui sous un feint amour de Dieu couvre les desirs & les espérances du siècle. Fl.
Imitation, se dit en Musique lorsqu'une partie imite le chant d'une autre partie, ou pendant tout une pièce, ce qui est une des espèces du canon, ou bien seulement pendant quelques mesures, qui est une imitation simple : quelquefois on imite seulement le mouvement ou la figure des notes, & cela ou par un mouvement contraire, ce qui fait l'imitation renversée, ou en retrogradant, &c. L'imitation differe de la fugue en ce que dans l'imitation il faut que la répétition se fasse, ou une 2e, ou une 3e, ou une 6e, ou une 7e, ou une 9e, &c. au-dessus ou au-dessous de la première voix ; & si la répétition se faisoit à l'unisson, à la 4e, à la 5e, ou à la 8e, plus haut, ce seroit une fugue.
à Supplément de 1752.
TRÉVOUX 1743-1752
IMITATION, s. f. On dit d'une chose qu'on ne sçauroit imiter, qu'Elle est au-dessus de toute imitation.
A l'imitation. Façon de parler adverbiale : A l'exemple de, sur le modéle, &c. Ac. Fr.
Imitation. En termes de Musique, on distingue le dessein en imitation & en figure. L'imitation n'a rien de particulier. Elle consiste seulement à faire répéter à son gré & dans telle partie que l'on veut, une certaine suite de chant, sans autre régularité. Rameau.
TRÉVOUX 1743-1752
IMITER, v. act. Copier quelque chose sur une autre qu'on a choisie pour modèle. Imitari. Un tel Peintre imite bien, mais il dessine mal. Le perroquet imite la voix de l'homme, le singe ses actions. Tout le monde vous imite, Madame, mais personne ne vous ressemble. S. Évr. Pour exceller en quelque chose, il ne faut pas imiter. Le Ch. de M.
Imiter, soit en Sculpture, soit en Peinture, en Poesie, en Éloquence, en Musique, soit dans quelqu'autre Art, ne signifie pas toujours copier trait pour trait : c'est se former une idée semblable, & suivre la même manière. Imiter l'Antique, c'est en prendre la manière, le goût, le caractère.
Imiter, se dit aussi en Morale. Ce jeune homme marche sur les pas de ses Ancêtres, il imite bien leurs vertus. Il faut imiter les hommes illustres de l'antiquité. Nous devons avoir pour la vertu une admiration animée, qui fasse naître en notre ame comme un amoureux desir de l'imiter. S. Évr. On doit quelques louanges à ceux qui n'ayant pas les vertus mêmes, tâchent du moins à les imiter. La Pl.
Les Grecs disent en proverbe, qu'il est plus aisé de se moquer de quelqu'un, que d'en faire autant que lui, & de l'imiter, . C'est à peu près ce que Ronsard disoit, Il est aisé de reprendre, difficile de faire mieux.
On dit proverbialement, que l'art imite la nature. On dit d'une chose qu'elle est bien imitée, quand elle est bien tirée d'après nature.
Imité, ée, part. & adj.
Il est à propos de remarquer ici d'abord sur tous les noms qui commencent par IMM, que la première m ne s'y prononce point de la même manière que dans les mots qui après IM ont une autre lettre qu'une M ; par éxemple, imbiber, imparfait, impair, impanateur, impatient, impossible, &c. Car dans ceux-ci l'm ne fait qu'un son simple avec l'i ; ces deux lettres n'expriment qu'une véritable voyelle, de celles que M. l'Abbé Dangeau appelle voyelles nazales & Esclavones. Elle se prononce comme in, dans infini, indompté, inconcevable, &c. Mais dans les mots où l'I est suivi de deux MM, comme immaculé, & tous les autres qui suivent, la première M retient son son propre & particulier de consonne ; ainsi l'on prononce les deux MM ; mais on fait peu sentir la première, & on ne la prononce point rudement, mais doucement & légèrement.
DICTIONNAIRE DES SYNONYMES GUIZOT
IMITER, COPIER, CONTREFAIRE.
Termes qui désignent en général l'action de faire ressembler.
On imite par estime ; on copie par stérilité ; on contrefait par amusement.
On imite par écrit ; on copie les tableaux ; on contrefait les personnes.
On imite en embellissant ; on copie servilement ; on contrefait en chargeant. (Encycl. IV. 133.)
ÉMILE LITTRÉ
IMITATEUR, TRICE (i-mi-ta-teur, tri-s'), adj.
1° Qui imite, qui s'attache à imiter. N'attendez rien de bon du peuple imitateur, LA FONT. Fabl. XII, 19. Comparant toujours l'esprit d'une nation inventrice et celui des nations imitatrices, je mettais en parallèle plusieurs morceaux de Spencer que j'avais tâché de rendre avec beaucoup d'exactitude, VOLT. Mél. littér. à M. de *** profess. Comment se fait-il que, des trois arts imitateurs de la nature, celui [la musique] dont l'expression est la plus arbitraire et la moins précise parle le plus fortement à l'âme ? DIDER. Lett. sur les sourds et muets.
2° S. m. et f. Celui, celle qui imite. Des plus fameux héros fameux imitateur, ROTROU, St Gen. V, 7. Ils [Isaac et Jacob] furent ses imitateurs [d'Abraham], attachés comme lui à la croyance ancienne, BOSSUET Hist. II, 2. [Rome] Cette nouvelle Babylone, imitatrice de l'ancienne, comme elle enflée de ses victoires.... ID. ib. III, 1. Que d'imitateurs de son exemple dans cette sainte solennité ! MASS. Carême, Passion. La ville, l'imitatrice éternelle de la cour, en copia le faste, ID. Or. fun. Louis le Grand. Des plaisirs de leurs chefs affreux imitateurs, VOLT. Triumv. IV, 3.
Il se dit particulièrement d'un écrivain ou d'un artiste qui imite le style, la manière, le genre d'un autre. Lesage a été un imitateur de génie. Quelques imitateurs, sot bétail, je l'avoue, Suivent en vrais moutons le pasteur de Mantoue, LA FONT. Poésies mêlées, LXX. Il y a toujours un tour lâche ou contraint dans le pinceau de l'imitateur, VOLT. Examen des trois dern. ép. de J. B. Rouss. Ramsay, l'imitateur du Télémaque, comme Boyer l'était de Corneille ; Ramsay l'Écossais, qui voulait être de l'Académie française ; Ramsay, qui regrettait de n'être pas docteur de Sorbonne, ID. Dict. phil. Pope.
3° L'imitateur, oiseau (voy. SAXICOLE).
HISTORIQUE.
XIVe s. Autrement nous ne serions pas Vrais imitateurs de ses pas, l'Alch. à nat. 814.
XVe s. Alayn Chartier.... loingtain imitateur des orateurs, A. CHART. Quadriloge, au début.
XVIe s. Jà soit que art soit imitatrice de nature, l'ensuivant de bien près.... GILLES DU GUEZ, dans PALSGRAVE, p. 894. J'ay une condition singeresse et imitatrice, MONT. III, 356.
ÉTYMOLOGIE.
Lat. imitatorem, de imitari, imiter.
ÉMILE LITTRÉ
IMITATIF, IVE (i-mi-ta-tif, ti-v'), adj.
1° Qui imite. Tohu-bohu signifie précisément chaos, désordre ; c'est un de ces mots imitatifs qu'on trouve dans toutes les langues comme sens-dessus-dessous, tintamarre, trictrac, tonnerre, bombe, VOLT. Dict. phil. Genèse.
Harmonie imitative, arrangement de mots par lesquels on imite le son d'un objet naturel, comme quand Racine semble imiter le sifflement des serpents, en faisant dire à Oreste qui croit voir les furies : Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?
2° Il signifie aussi quelquefois qui a la faculté, l'habitude d'imiter. Le singe est un animal imitatif.
3° Terme de minéralogie. Se dit d'une variété dans laquelle une nouvelle loi de décroissement détermine une forme semblable à celle d'une autre variété plus simple.
ÉTYMOLOGIE.
Lat. imitativus, de imitari, imiter.
ÉMILE LITTRÉ
IMITATION (i-mi-ta-sion ; en vers, de cinq syllabes), s. f.
1° Action d'imiter ; résultat de cette action. Loin d'ici cette piété d'imitation et de complaisance qui porte dans le sanctuaire des voeux intéressés et profanes ! FLÉCH. Duc de Mont. Ouvrage qui était une imitation du grand labyrinthe, FÉN. Tél. V. Trop d'imitation éteint le génie, VOLT. Mél. littér. Cons. à L. Racine. L'imitation est de tous les résultats de la machine animale le plus admirable, BUFF. Nature des anim. Parmi les hommes, ce sont ordinairement ceux qui réfléchissent le moins qui ont le plus le talent de l'imitation, ID. ib. Ce talent d'imitation, bien loin de supposer de l'esprit et de la pensée dans les animaux, prouve au contraire qu'ils en sont absolument privés, ID. ib. Il marcha sur ses traces par esprit d'imitation plutôt que par caractère, RAYNAL, Hist. phil. XIII, 35.
Cela est au-dessus de toute imitation, se dit d'une chose qu'il est impossible de bien imiter.
Les arts d'imitation, la peinture, la sculpture.
Au théâtre, don ou talent de contrefaire les acteurs célèbres. Exceller dans les imitations.
2° Terme de littérature. Oeuvre dans laquelle on se propose d'en imiter une autre. C'est plutôt une imitation qu'une traduction. Mon imitation n'est point un esclavage ; Je ne prends que l'idée et les tours et les lois Que nos maîtres suivaient eux-mêmes autrefois, LA FONT. Poésies mêlées, LXX. Imitation d'Anacréon, Titre d'une petite pièce de vers de la Fontaine. Le conte du tonneau du doyen Swift est une imitation des trois anneaux ; la fable de ces trois anneaux est fort ancienne ; elle est du temps des croisades, VOLT. Mél. littér. Lettres à S. A. S. le prince de.... lett. 5. Corneille a réformé la scène tragique et la scène comique par d'heureuses imitations, ID. Comm. Corn. Rem. Menteur, préf. commentaire.
Cet ouvrage est une imitation de l'anglais, de l'allemand, est l'imitation d'un ouvrage anglais, allemand.
3° Terme de musique. Répétition d'une phrase ou d'un fragment de phrase musicale d'une partie dans une autre.
4° Par ellipse, Imitation se dit de l'Imitation de Jésus-Christ, ouvrage de piété très célèbre. Une belle édition de l'Imitation. L'Imitation a été mise en vers par P. Corneille.
5° Terme d'industrie. Sorte de contrefaçon qui n'a rien d'illicite, lorsqu'elle n'a point pour but de tromper l'acheteur. Vendre, fabriquer de l'imitation. Bijoux en imitation.
6° à l'imitation de, à l'exemple de, sur le modèle de. Cet édifice a été fait à l'imitation de tel autre. À son imitation, les femmes de tous les grands seigneurs des Perses et des Mèdes mépriseront les commandements de leurs maris, SACI, Bible, Esth. I, 18.
HISTORIQUE.
XVIe s. Comme l'un [Cicéron] se fust entierement adonné à l'imitation des Grecz, J. DU BELLAY, Illustr. de la langue franç. I, 7.
ÉTYMOLOGIE.
Lat. imitationem, de imitari, imiter.
ÉMILE LITTRÉ
IMITER (i-mi-té), v. a.
1° Chercher à reproduire ce qu'un autre fait. Le singe imite l'homme. Imiter les manières de quelqu'un. Ses gardes affligés Imitaient son silence autour de lui rangés, RAC. Phèd. V, 6. Elle [Rome] se tait du moins : imitez son silence, RAC. Brit. III, 8. Et nous n'avons du ciel imité que la foudre, VOLT. Alz. I, 1. Imiter un ingrat, c'est le justifier, IMBERT, Jaloux sans amour, III, 8.
Contrefaire, copier. Ils s'efforcent d'imiter les produits de nos fabriques. Imiter l'écriture, la signature d'une personne.
2° Prendre la conduite, les actions d'une personne pour modèle. Imiter la nature. Alexandre affecta d'imiter Bacchus, non-seulement aux victoires qu'il avait remportées sur les Indiens, mais aussi en la forme de son triomphe, VAUGEL. Q. C. IX, 10. Ma valeur n'a point lieu de te désavouer, Tu l'as bien imitée.... CORN. Cid, III, 6. Si nous n'avons pas le courage d'imiter le P. Bourgoing en ses austérités, BOSSUET Bourgoing. L'archevêque lui répondit : vous l'avez imité en son péché, imitez-le donc en sa pénitence, FLÉCH. Hist. de Théodose, IV, 7. Ainsi dans leurs excès vous n'imiteriez pas L'infidèle Joram, l'impie Ochosias ? RAC. Ath. IV, 2. Imitez sa justice ainsi que sa vaillance, VOLT. Mérope, I, 3.
Imiter l'exemple de quelqu'un, faire ce qu'il a fait. Imite mon exemple ; et, lorsqu'une cabale, Un flot de vains auteurs follement te ravale, Profite de leur haine, BOILEAU Épît. VII. Toutefois en ces lieux je ne connais personne Qui ne doive imiter l'exemple que je donne, RAC. Mithr. I, 3.
3° Terme de littérature et de beaux-arts. Prendre pour modèle le style, le genre, la manière d'un autre. Ce tableau est imité de Raphaël. Il semble qu'à ce qu'il imite, Ajoutant un nouveau mérite, Il le crée encor une fois, LAMOTTE, Od. t. I, p. 360, dans POUGENS. Vous croyez imiter Cicéron ; et vous n'imitez que maître Jean, VOLT. Dict. phil. Style.
Cet ouvrage est imité de l'espagnol, il est imité d'un ouvrage espagnol.
Absolument. Imiter ainsi, ce n'est point être plagiaire, c'est lutter, comme dit Boileau, contre son original, VOLT. Ess. poés. épique, ch. 9. Celui qui imite toujours ne mérite assurément pas d'être imité, ID. Exam. des 3 der. ép de J. B. Rousseau.
4° Dans les beaux-arts, faire l'image, la ressemblance d'une chose. Ce peintre, ce sculpteur s'attache à bien imiter la nature. La musique imite le bruit du tonnerre, les gémissements, les cris.
5° Ressembler, en parlant des choses. Cette composition imite le diamant. Ce papier peint imite le velours. Le bruit de cette cataracte imite celui du tonnerre.
6° S'imiter, v. réfl. Faire ce qu'on a fait. La nature s'imite : une graine jetée en bonne terre produit ; un principe jeté dans un bon esprit produit, PASC. Pensées diverses, 71, éd. FAUGÈRE.
S'imiter l'un l'autre. Si l'on devait s'imiter constamment les uns les autres, à quoi bon une âme et un esprit pour chacun ? STAËL, Corinne, IX, 1.
SYNONYME.
IMITER, COPIER. Copier, c'est reproduire exactement, sans s'écarter en rien du modèle. Imiter, c'est reproduire librement, sans s'astreindre à l'exactitude, et en s'écartant du modèle là où cela convient.
HISTORIQUE.
XVIe s. Tout ainsi que ce fut le plus louable aux anciens de bien inventer, aussi est-ce le plus utile de bien imiter, J. DUBELLAY, Illustr. de la langue franç. I, 8.
ÉTYMOLOGIE.
Lat. imitari, imiter.
ENCYCLOPEDIE
* IMITATION, s. f. (Gramm. & Philosoph.) c'est la représentation artificielle d'un objet. La nature aveugle n'imite point ; c'est l'art qui imite. Si l'art imite par des voix articulées, l'imitation s'appelle discours, & le discours est oratoire ou poétique. Voyez ELOQUENCE & POESIE. S'il imite par des sons, l'imitation s'appelle musique. Voyez l'article MUSIQUE. S'il imite par des couleurs, l'imitation s'appelle peinture. Voyez l'article PEINTURE. S'il imite avec le bois, la pierre, le marbre, ou quelqu'autre matiere semblable, l'imitation s'appelle sculpture. Voyez l'article SCULPTURE. La nature est toujours vraie ; l'art ne risquera donc d'être faux dans son imitation que quand il s'écartera de la nature, ou par caprice ou par l'impossibilité d'en approcher d'assez près. L'art de l'imitation en quelque genre que ce soit, a son enfance, son état de perfection, & son moment de décadence. Ceux qui ont créé l'art, n'ont eu de modele que la nature. Ceux qui l'ont perfectionné, n'ont été, à les juger à la rigueur, que les imitateurs des premiers ; ce qui ne leur a point ôté le titre d'hommes de génie ; parce que nous apprécions moins le mérite des ouvrages par la premiere invention & la difficulté des obstacles surmontés, que par le degré de perfection & l'effet. Il y a dans la nature des objets qui nous affectent plus que d'autres ; ainsi quoique l'imitation des premiers soit peut-être plus facile que l'imitation des seconds, elle nous intéressera davantage. Le jugement de l'homme de goût & celui de l'artiste sont bien différens. C'est la difficulté de rendre certains effets de la nature, qui tiendra l'artiste suspendu en admiration. L'homme de goût ne connoît guere ce mérite de l'imitation ; il tient trop au technique qu'il ignore : ce sont des qualités dont la connoissance est plus générale & plus commune, qui fixeront ses regards. L'imitation est rigoureuse ou libre ; celui qui imite rigoureusement la nature en est l'historien. Voyez HISTOIRE. Celui qui la compose, l'exagere, l'affoiblit, l'embellit, en dispose à son gré, en est le poëte. Voyez POESIE. On est historien ou copiste dans tous les genres d'imitation. On est poëte, de quelque maniere qu'on peigne ou qu'on imite. Quand Horace disoit aux imitateurs, ô imitatores servum pecus, il ne s'adressoit ni à ceux qui se proposoient la nature pour modele, ni à ceux qui marchant sur les traces des hommes de génie qui les avoient précédés, cherchoient à étendre la carriere. Celui qui invente un genre d'imitation est un homme de génie. Celui qui perfectionne un genre d'imitation inventé, ou qui y excelle, est aussi un homme de génie. Voyez l'article suivant.
IMITATION, s. f. (Poésie, Rhétor.) on peut la définir, l'emprunt des images, des pensées, des sentimens, qu'on puise dans les écrits de quelqu'auteur, & dont on fait un usage, soit différent, soit approchant, soit en enchérissant sur l'original.
Rien n'est plus permis que d'user des ouvrages qui sont entre les mains de tout le monde ; ce n'est point un crime de les copier ; c'est au contraire dans leurs écrits, selon Quintilien, qu'il faut prendre l'abondance & la richesse des termes, la variété des figures, & la maniere de composer : ensuite, ajoute cet orateur, on s'attachera fortement à imiter les perfections que l'on voit en eux ; car on ne doit pas douter qu'une bonne partie de l'art ne consiste dans l'imitation adroitement déguisée.
Laissons dire à certaines gens que l'imitation n'est qu'une espece de servitude qui tend à étouffer la vigueur de la nature ; loin d'affoiblir cette nature, les avantages qu'on en tire ne servent qu'à la fortifier. C'est ce que M. Racine a prouvé solidement dans un mémoire agréable, dont le précis décorera cet article.
Stésychore, Archiloque, Hérodote, Platon, ont été des imitateurs d'Homere, lequel vraisemblablement n'a pû lui-même, sans imitation de ceux qui l'ont précédé, porter tout d'un coup la Poésie à son plus haut point de perfection. Virgile n'écrit presque rien qu'il n'imite ; tantôt il suit Homere, tantôt Théocrite, tantôt Hésiode, & tantôt les poëtes de son tems ; & c'est pour avoir eu tant de modeles, qu'il est devenu un modele admirable à son tour.
J'avoue qu'il n'est pas impossible que des hommes plus favorisés du ciel que les autres, s'ouvrent d'eux-mêmes un chemin nouveau, & y marchent sans guides ; mais de tels exemples sont si merveilleux, qu'ils doivent passer pour des prodiges.
En effet, le plus heureux génie a besoin de secours pour croître & se soutenir ; il ne trouve pas tout dans son propre fonds. L'ame ne sauroit concevoir ni enfanter une production célebre, si elle n'a été comme fécondée par une source abondante de connoissances. Nos efforts sont inutiles, sans les dons de la nature ; & nos efforts sont imparfaits si l'on n'accompagne ces dons, si l'imitation ne les perfectionne.
Mais il ne suffit pas de connoître l'utilité de l'imitation ; il faut savoir encore quelles regles on doit suivre pour en retirer les avantages qu'elle est capable de procurer.
La premiere chose qu'il faut faire est de se choisir un bon modele. Il est plus facile qu'on ne pense de se laisser surprendre par des guides dangereux ; on a besoin de sagacité pour discerner ceux auxquels on doit se livrer. Combien Séneque a-t-il contribué à corrompre le goût des jeunes gens de son tems & du nôtre ? Lucain a égaré plusieurs esprits qui ont voulu l'imiter, & qui ne possédoient pas le feu de son éloquence. Son traducteur entraîné comme les autres, a eu la folle ambition de lui dérober la gloire du style ampoulé.
Il ne faut pas même s'attacher tellement à un excellent modele, qu'il nous conduise seul & nous fasse oublier tous les autres écrivains. Il faut comme une abeille diligente, voler de tous côtés, & s'enrichir du suc de toutes les fleurs. Virgile trouve de l'or dans le fumier d'Ennius ; & celui qui peint Phedre d'après Euripide, y ajoute encore de nouveaux traits que Séneque lui présente.
Le discernement n'est pas moins nécessaire pour prendre dans les modeles qu'on a choisis les choses qu'on doit imiter. Tout n'est pas également bon dans les meilleurs auteurs ; & tout ce qui est bon ne convient pas également dans tous les tems & dans tous les lieux.
De plus, ce n'est pas assez que de bien choisir ; l'imitation doit être faite d'une maniere noble, généreuse & pleine de liberté. La bonne imitation est une continuelle invention. Il faut, pour ainsi dire, se transformer en son modele, embellir ses pensées, & par le tour qu'on leur donne, se les approprier, enrichir ce qu'on lui prend, & lui laisser ce qu'on ne peut enrichir. C'est ainsi que la Fontaine imitoit, comme il le déclare nettement.
Mon imitation n'est point un esclavage :
" Je n'emploie que l'idée, les tours & les lois que nos maîtres suivoient eux-mêmes ".
Si d'ailleurs quelque endroit plein chez eux d'excellence,
Peut entrer dans mes vers sans nulle violence,
Je l'y transporte, & veux qu'il n'ait rien d'affecté,
Tâchant de rendre mien, cet air d'antiquité.
Malherbe, par exemple, montre comment on peut enrichir la pensée d'un autre, par l'image sous laquelle il représente les vers si connus d'Horace, pallida mors aequo pulsat pede, pauperum tabernas, regumque turres.
Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,
Est sujet à ses lois ;
Et la garde qui veille aux barrieres du louvre,
N'en défend pas nos rois.
Sophocle fait dire au malheureux Ajax, lorsqu'étant prêt de mourir, il trouve son fils :
.
Virgile exprime la même chose d'une maniere différente.
Disce, puer, virtutem ex me, verumque laborem,
Fortunam ex aliis.
Et nous trouvons dans Andromaque la même idée rendue encore d'une façon nouvelle.
Fais connoître à mon fils, les héros de sa race :
Autant que tu pourras, conduis-le sur leur trace ;
Dis-lui par quels exploits leurs noms ont éclaté,
Plutôt ce qu'ils ont fait, que ce qu'ils ont été.
M. Despréaux qui disoit en badinant, " qu'il n'étoit qu'un gueux revêtu des dépouilles d'Horace, " s'est si fort enrichi de ces dépouilles, qu'il s'en est fait un trésor, qui lui appartient justement ; en imitant toujours, il est toujours original. Il n'a pas traduit le poëte latin, mais il a joûté contre lui, parce que dans ce genre de combat, on peut être vaincu sans honte.
Si Virgile n'avoit pas osé joûter contre Homere, nous n'aurions point sa magnifique description de la descente d'Enée aux enfers, ni l'admirable peinture du bouclier de son héros. C'est ici qu'il faut convenir que le poëte latin nous apprend comment il s'y faut prendre pour se rendre original en imitant ; c'est de cette maniere que les grands Peintres & les Sculpteurs imitent la nature, je veux dire en l'embellissant. Voyez le mémoire de M. l'abbé Fraguier sur les imitations de l'Enéïde.
L'approbation constante que l'Iphigénie de Racine a reçue sur le théâtre françois, justifie sans-doute l'opinion de ceux qui mettent cette tragédie au nombre des plus belles. En la comparant à la piece du même nom, qui a fait les délices du théâtre d'Athènes, on verra de quelle façon on doit imiter les anciens. Euripide, de l'aveu d'Aristote, ne donne pas à son Iphigénie, un caractere constant & soutenu ; d'abord, elle déclare qu'elle périt par le meurtre injuste d'un pere barbare : un moment après, elle change de sentiment, elle excuse ce pere, & prie Clytemnestre de ne point haïr Agamemnon, pour l'amour d'elle. L'auteur de l'Iphigénie moderne sentant la faute d'Euripide, a pris grand soin de l'éviter ; il a peint cette fille toujours respectueuse & toujours soumise aux volontés de son pere.
Ainsi l'imitation née de la lecture continuelle des bons originaux, ouvre l'imagination, inspire le goût, étend le génie, & perfectionne les talens ; c'est ce qui fait dire à un de nos meilleurs poëtes :
Mon feu s'échauffe à leur lumiere,
Ainsi qu'un jeune peintre instruit
Sous Coypel & sous l'Argilliere,
De ces maîtres qui l'ont conduit,
Se rend la touche familiere ;
Il prend noblement leur maniere,
Et compose avec leur esprit.
Ne rougissons donc pas de consulter des guides habiles, toujours prêts à nous conduire. Quoiqu'ils soient nos maîtres, la grande distance que nous voyons entr'eux & nous, ne doit point nous effrayer. La carriere dans laquelle ils ont couru si glorieusement est encore ouverte ; nous pouvons les atteindre, en les prenant pour modeles & pour rivaux dans nos imitations ; si nous ne les atteignons pas, du-moins nous pouvons en approcher, & après les grands hommes, il est encore des places honorables. La réputation de Lucrece n'empêcha pas Virgile de paroître, & la gloire d'Hortensius ne ralentit point l'ardeur de Cicéron pour l'éloquence. Quel homme étoit plus propre à desespérer ses rivaux que Corneille ? cependant il a trouvé un égal ; & quoiqu'un autre ait mérité la même couronne, la sienne lui est demeurée toute entiere, & n'a rien perdu de son éclat.
Concluons que c'est à l'imitation que les modernes doivent leur gloire, & que c'est de cette même imitation que les anciens ont tiré leur grandeur. (D. J.)
IMITATION, s. f. (Morale) c'est, dit Bacon, la traduction des préceptes en exemples. Un jeune homme qui veut s'avancer dans la carriere de la gloire & de la vertu, doit commencer par se proposer d'excellens modeles, & ne pas prendre d'après eux quelques traits de ressemblance, pour une parfaite conformité ; mais avec le tems, il doit devenir lui-même son modele ; c'est-à-dire régler ses actions par ses actions, & donner des exemples après en avoir suivi. (D. J.)
IMITATION en Musique, est l'emploi d'un même tour de chant dans plusieurs parties qui se font entendre l'une après l'autre. A l'unisson, à la tierce, à la quarte, ou à quelqu'autre intervalle que ce soit, l'imitation est toujours bien prise, même en changeant plusieurs notes, pourvû que le même chant se reconnoisse toûjours, & qu'on ne s'écarte point des lois d'une bonne modulation. Souvent pour rendre l'imitation plus sensible, on la fait précéder d'un silence. On traite l'imitation comme on veut ; on la prend, on l'abandonne, on en commence une autre à sa liberté ; en un mot les regles en sont aussi relachées que celles de la fugue sont séveres : c'est pourquoi les grands maîtres la dédaignent, & toute imitation trop affectée décele presque toûjours un écolier en composition.
Supplément Panckoucke
§ IMITATION, (Musique.) La musique dramatique ou théâtrale concourt à l'imitation, ainsi que la Poésie & la Peinture : c'est à ce principe commun que se rapportent tous les beaux-arts, comme l'a montré M. le Batteux. Mais cette imitation n'a pas pour tous la même étendue. Tout ce que l'imitation peut se représenter est du ressort de la Poésie. La Peinture, qui n'offre point ses tableaux à l'imagination, mais aux sens & à un seul sens, ne peint que les objets soumis à la vue. La Musique sembleroit avoir les mêmes bornes par rapport à l'ouie ; cependant elle peint tout, même les objets qui ne sont que visibles : par un prestige presque inconcevable, elle semble mettre l'oeil dans l'oreille, & la plus grande merveille d'un art qui n'agit que par le mouvement, est d'en pouvoir former jusqu'à l'image du repos. La nuit, le sommeil, la solitude & le silence entrent dans le nombre des grands tableaux de la Musique. On sait que le bruit peut produire l'effet du silence, & le silence l'effet du bruit : comme quand on s'endort à une lecture égale & monotone, & qu'on s'éveille à l'instant qu'elle cesse. Mais la Musique agit plus intimement sur nous en excitant, par un sens, des affections semblables à celles qu'on peut exciter par un autre ; &, comme le rapport ne peut être sensible que l'impression ne soit forte, la Peinture dénuée de cette force ne peut rendre à la Musique les imitations que celle-ci tire d'elle. Que toute la nature soit endormie, celui qui la contemple ne dort pas, & l'art du musicien consiste à substituer à l'image insensible de l'objet celle des mouvemens que sa présence excite dans le coeur du contemplateur. Non-seulement il agitera la mer, animera la flamme d'un incendie, fera couler les ruisseaux, tomber la pluie, grossir les torrens ; mais il peindra l'horreur d'un désert affreux, rembrunira les murs d'une prison souterreine, calmera la tempête, rendra l'air tranquille & serein, & répandra de l'orchestre une fraîcheur nouvelle sur les bocages. Il ne représentera pas directement ces choses, mais il excitera dans l'ame les mêmes mouvemens qu'on éprouva en les voyant.
J'ai dit au mot HARMONIE, (Musiq.) Suppl. qu'on ne tire d'elle aucun principe qui mene à l'imitation musicale, puisqu'il n'y a aucun rapport entre des accords & les objets qu'on veut peindre, ou les passions qu'on veut exprimer. Je ferai voir au mot MELODIE quel est ce principe que l'harmonie ne fournit pas, & quels traits donnés par la nature sont employés par la Musique pour représenter ces objets & ces passions. (S)
On dit à l'article IMITATION, dans le Dictionnaire raisonné des Sciences, &c. " Les grands maîtres la dédaignent, & toute imitation trop affectée décele presque toujours un écolier en composition ".
Comme je suis très-persuadé que le sentiment de M. Rousseau est d'un grand poids en musique, je crois devoir commenter, pour ainsi dire, cette idée.
D'abord que, pour faire une imitation, on gâte ou l'on altere un beau chant, on a tort ; mais si l'imitation peut avoir lieu sans cela, pourquoi ne pas en saisir l'occasion, sur-tout lorsque le trait de chant imité est une des idées principales de la piece. Il en est de l'imitation comme du contre-point double ; (voyez cet article, (Musiq.) Suppl.) ; sans elle, on ne peut guere faire une piece à plusieurs parties récitantes, car chaque partie ne peut pas toujours annoncer un motif nouveau ; & si l'on fait répéter le même trait successivement à chaque partie & dans la même harmonie, l'ennui s'en mêlera bientôt.
L'imitation fournit aussi le moyen de reproduire souvent le même motif sous un aspect nouveau, & en diminuant ou augmentant son effet suivant l'exigence du cas. Car, par exemple, si l'on veut augmenter l'effet du motif, on l'annoncera dans le premier dessus, on l'imitera dans les autres parties, en lui donnant un accompagnement foible, & d'un chant peu marqué. Mais si l'on veut faire ressouvenir l'auditeur du motif sans l'en occuper entiérement, on l'annoncera dans les parties inférieures ; on l'imitera dans une de ces mêmes parties, tandis que le dessus aura pour accompagnement un chant plein & bien marqué ; il est clair que pour que cela se puisse, il faut que le trait de chant imité soit simple.
Je ne vois pas comment les duo, les trio, &c. pourront avoir lieu sur le théâtre sans imitation. Fera-t-on chanter les deux parties ensemble à la tierce ou à la sixte ? Quel ennui, pour peu que la piece soit longue ! D'ailleurs ce que j'ai dit à l'article FUGUE revient encore ici. Est-il plus naturel que deux, trois ou plus de personnes commencent à chanter toutes ensemble les mêmes paroles, sur le même air, ou qu'elles commencent à quelque distance l'une de l'autre, & en mettant dans leur chant des différences analogues à leur caractere, sans que pour cela le chant d'une des personnes contredise celui de l'autre ? Or voilà précisément ce que fait & enseigne l'imitation ; par elle on apprend jusqu'à quel point on peut changer un chant, sans qu'il perde entiérement sa physionomie.
Il y a différentes sortes d'imitations.
L'imitation renversée ou en rétrogradant, lorsque la partie imitante répete à reculons les notes de la partie principale, c'est-à-dire en commençant par la derniere, & finissant par la premiere.
L'imitation liée ou contrainte, lorsque la partie imitante répete exactement & note pour note le même trait de chant, mais une seconde, tierce, &c. plus haut ou plus bas.
L'imitation par mouvement contraire, que quelques-uns appellent renversée, quoique Brossard donne ce nom à celle qui va en rétrogradant, comme nous l'avons déja dit. Cette sorte d'imitation a lieu lorsque la partie imitante répete les notes de la principale par mouvement contraire, c'est-à-dire que si la premiere procede diatoniquement ou par saut en montant, l'imitante procede diatoniquement ou par saut en descendant, & au contraire.
Enfin l'imitation simple ou libre, quand on reconnoît le même chant dans la partie imitante, sans qu'elle observe les mêmes intervalles ou les mêmes valeurs de notes que la partie principale. C'est de cette derniere sorte d'imitation que j'ai voulu parler. (F. D. C.)
Table Panckoucke
IMITATION. (Gramm. & Philos.) L'art ne risque d'être faux dans son imitation, que quand il s'écarte de la nature. Ceux qui ont créé l'art, n'ont eu de modele que la nature. Leurs imitateurs n'en ont pas moins mérité le titre d'hommes de génie. Différence entre le jugement de l'homme de goût & celui de l'artiste. Imitation rigoureuse & imitation libre. Celui qui invente ou qui perfectionne un genre d'imitation est homme de génie. VIII. 564. b.
Imitation. Des arts qui ont pour objet l'imitation de la nature. I. xj. Disc. prélim. Imitation de la belle nature, II. 177. a. dans les fictions mêmes, VI. 679. b. &c. L'essence de la poésie consiste dans l'imitation. XII. 838. a. Comment le poëte tragique doit imiter la nature. Suppl. III. 517. a. Imitation de la belle nature dans le physique, Suppl. IV. 998. b. & dans le moral. Ibid. & 999. a. Difficulté attachée à cette imitation. 21. b. C'est à nous donner mieux que la nature, que l'art s'engage en l'imitant. Suppl. II. 320. b. 321. a. Comment le poëte comique doit l'imiter. 518. b. Importance de cette imitation. Ibid. De l'illusion que doivent produire les arts d'imitation. Suppl. III. 560. b. - 562. a. Suppl. IV. 583. b. De la beauté dans les arts d'imitation. Suppl. I. 839. b. 840. a. Suppl. III. 515. b. &c. De l'art d'imiter les moeurs, voyez MOEURS. L'imitation n'est point le but principal des arts libéraux ; il en est même qui n'ont point du tout l'imitation pour but. Suppl. I. 586. a, b. Suppl. III. 515. b.
Imitation, figure de grammaire. VI. 768. b.
IMITATION. (Poés. Rhét.) Usage qu'un écrivain peut faire des ouvrages d'autrui. Les avantages qu'on retire de l'imitation, loin d'affoiblir la nature, ne servent qu'à la fortifier. Poëtes qui ont imité Homere. Virgile n'écrit presque rien qu'il n'imite. VIII. 567. b. Le plus heureux génie a besoin de secours pour croître & se soutenir. Regles qu'on doit suivre dans l'imitation : se choisir un bon modele ; ne pas s'y attacher tellement qu'il nous conduise seul. Discernement dans le choix de ce qu'on doit prendre dans ses modeles. L'imitation doit être faite d'une maniere noble & pleine de liberté. C'est ainsi que la Fontaine, Malherbe, Ibid. 568. a. & Despréaux imitoient. Comment Virgile se rend original en imitant Homere. Imitation de l'Iphigénie d'Euripide, par Racine. Avantages de ce dernier sur son modele.... L'imitation perfectionne les talens. Ne rougissons donc pas de consulter des guides habiles, toujours prêts à nous conduire. La grande distance que nous voyons entr'eux & nous, ne doit point nous effrayer. Ibid. b.
IMITATION. (Musiq.) La musique dramatique concourt à l'imitation, ainsi que la poésie & la peinture. La musique peint tout, même les objets qui ne sont que visibles. Par un prestige presqu'inconcevable, elle semble mettre l'oeil dans l'oreille ; & la plus grande merveille d'un art qui n'agit que par le mouvement, est de pouvoir former jusqu'à l'image du repos. Suppl. III. 568. a. Elle ne représentera pas directement ces choses ; mais elle excitera dans l'ame les mêmes mouvemens qu'on éprouva en les voyant. - Sur le principe qui mene à l'imitation musicale, voyez MELODIE.
Observations sur l'article Imitation de l'Encyclopédie. Si l'imitation peut avoir lieu, sans gâter ou altérer un beau chant, l'on doit en saisir l'occasion, sur-tout lorsque le trait de chant imité est une des idées principales de la piece. - L'imitation fournit le moyen de reproduire souvent le même motif sous un aspect nouveau, & en diminuant ou augmentant son effet selon l'exigeance des cas. - Les duo, les trio, &c. ne peuvent avoir lieu sur le théatre sans imitation. Imitations de différentes sortes ; imitation renversée ou en rétrogradant ; imitation liée ou contrainte. Ibid. b. Imitation par mouvement contraire ; imitation simple ou libre. Ibid. 569. a.
IMITATION. (Morale) Un jeune homme doit commencer par se proposer d'excellens modeles.... mais avec le tems il doit devenir lui-même son modele, & donner des exemples après en avoir suivi. VIII. 569. a.
IMITATION, (Musiq.) emploi d'un même tour de chant dans plusieurs parties qui se font entendre l'une après l'autre. Des regles de l'imitation. VIII. 569. a.
Imitation musicale. XI. 574. b. Suppl. II. 924. a. Voyez IMITATIF.
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