Petrarque
Pétrarque
Canzoniere
CLXI
(Traduction du poème adapté par Marot)
Ô pas épars ; Ô pensers errants et fugitifs ; Ô tenace mémoire ; Ô cruelle ardeur ; Ô puissants désirs ; Ô faible cœur ; Ô mes yeux, qui n’êtes plus des yeux, mais des fontaines ;
Ô feuillage, honneur des illustres fronts, enseigne unique que suit La double valeur ; ô pénible existence, ô douce erreur, qui me faites parcourir Les plaines et les monts ;
Ô visage charmant où l’amour a placé à la fois les éperons et le frein dont Il me pique et me dirige comme il lui plait, sans qu’il serve à rien de regimber ;
Ô nobles âmes amoureuses, s’il en est encore au monde, Et vous, ombres nues dont les corps sont devenus poussière, Arrêtez-vous de grâce, et voyez quels maux sont les miens.
III
(Sonnet adapté par Philieul)
Le vendredi-saint fut le jour où il devint amoureux
C’était le jour où le soleil, en deuil de son Créateur, décolore ses rayons, lorsque, ne prenant pas garde à moi, je fus fait prisonnier et enchaîné, Dame, par vos beaux yeux.
Il ne me semblait pas que ce fût le moment d’élever un rempart pour me garantir des atteintes d’Amour : je m’en allais donc tranquille et sans soupçon ; ainsi mon désespoir pris naissance, au sein de la commune douleur.
Amour me trouva entièrement désarmé, trouva la voie ouverte, par mes yeux, à mon cœur, lesquels sont devenus une source et un passage de larmes.
Donc, à mon sens, ce ne lui fut pas un honneur de me frapper de flèche en cet état, et de n’oser pas, à vous qui étiez sur la défensive, montrer seulement son arc.
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